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29 octobre 1870
Événement

Courbet appelle les soldats et les artistes allemands à cesser la guerre depuis la scène de l'Athénée

Théâtre de l'Athénée/Salle de l'Athénée
Courbet appelle les soldats et les artistes allemands à cesser la guerre depuis la scène de l'Athénée
Portrait du peintre français Gustave Courbet (1819-1877) par Nadar.

Dans Paris assiégé, affamé, bombardé, le peintre le plus célèbre de France lit publiquement une lettre adressée à l'ennemi pour lui demander de fraterniser.

Gustave Courbet a cinquante et un ans. Il est le chef de file du réalisme, l'auteur de "L'Enterrement à Ornans" et de "L'Origine du monde," un homme qui a refusé la Légion d'honneur offerte par Napoléon III en 1870 par une lettre publique et cinglante : "Je suis de cinquante ans un homme libre."

Paris est assiégée depuis le 19 septembre. Courbet est resté. Il a été élu président de la commission chargée de sauvegarder les œuvres d'art des musées parisiens, fonction qu'il exerce avec sérieux.

Le 29 octobre 1870, à la salle de l'Athénée, 17 rue Scribe dans le 9e arrondissement, il fait lire publiquement deux lettres qu'il a rédigées : l'une à l'armée allemande, l'autre aux artistes allemands.

Le propos est un appel à la fraternisation. Courbet s'adresse aux soldats allemands en leur disant que cette guerre n'est pas la leur, qu'elle est celle des dynasties, et qu'ils devraient rentrer chez eux. Il s'adresse aux artistes allemands, ses confrères, dont plusieurs sont ses amis, en leur demandant de peser sur leur gouvernement. Il propose que les canons soient fondus pour bâtir un monument à la fraternité des peuples. C'est le pacifisme internationaliste du mouvement ouvrier, énoncé par un peintre en pleine guerre nationale. Les textes sont imprimés et diffusés.

L'engagement de Courbet ira jusqu'au bout. En avril 1871, il est élu au Conseil de la Commune et devient président de la Fédération des artistes, qui abolit l'Académie et organise l'art sur des bases démocratiques. Il sera tenu pour responsable de la démolition de la colonne Vendôme, qu'il avait proposé de déboulonner comme monument de guerre.

Après la Semaine sanglante, il est emprisonné, condamné, et l'ordre moral lui impute le coût de la reconstruction de la colonne : plus de trois cent mille francs. Il s'exile en Suisse et y meurt en 1877, ruiné, alcoolique, à cinquante-huit ans.