Spoliation des collections juives par l'Einsatzstab Reichsleiter Rosenberg.
Paris est occupé depuis trois semaines. Les camions commencent déjà à partir.
Le 5 juillet 1940, l'Einsatzstab Reichsleiter Rosenberg — la « Force d'intervention du Reichsleiter Rosenberg » — s'installe à Paris, au 12 boulevard Haussmann, dans l'hôtel Commodore. Cela fait vingt-deux jours que la Wehrmacht est entrée dans la ville. L'armistice a été signé treize jours plus tôt. La machine administrative du pillage est déjà en place.
L'ERR est la création d'Alfred Rosenberg, l'idéologue en chef du régime nazi. Auteur du Mythe du XXe siècle (1930), il a théorisé la nécessité d'épurer la culture européenne de toute influence juive, maçonnique, bolchevique. L'ERR en est le bras exécutif : une organisation spécialisée dans la confiscation des bibliothèques, archives et objets d'art appartenant aux Juifs, aux loges maçonniques, aux institutions ecclésiastiques — tout ce que la doctrine nazie désigne comme la « bibliothèque de l'ennemi ».
La mission est précise et bureaucratiquement organisée. Un décret du Führer en autorise les catégories : bibliothèques d'État et archives de valeur, greffes des loges maçonniques, biens culturels appartenant aux Juifs. À Paris, les équipes sont divisées par domaine — arts figuratifs, musique, bibliothèques, archives d'église. La bibliothèque polonaise, la bibliothèque russe Tourguenev rue de la Bûcherie, les archives de dizaines de loges maçonniques parisiennes : tout est méthodiquement saisi.
Les objets confisqués convergent vers le Jeu de Paume, place de la Concorde, transformé en entrepôt et salle d'exposition. Rosenberg vient y inspecter. Göring aussi — il sélectionne personnellement les œuvres qui rejoindront ses collections privées. Vingt-neuf convois partent vers le château de Neuschwanstein, en Bavière. Au bilan final de l'ERR en France : 203 opérations de saisie, 21 903 objets recensés. Ce chiffre ne tient pas compte des livres et des archives.
Au Jeu de Paume, une femme note tout. Rose Valland, attachée de conservation, tient en secret un registre précis des œuvres qui entrent et sortent — leurs origines, leurs propriétaires spolié, leurs destinations en Allemagne. Elle risque sa vie pendant quatre ans.
À la Libération, ses carnets permettent de retrouver des milliers d'œuvres dans les dépôts allemands. Certaines n'ont jamais été restituées.