Paris vient de faire sa révolution depuis moins d'un mois et déjà les femmes réclament leur part. Le gouvernement provisoire a proclamé le suffrage universel — mais pour les hommes seulement. La nouvelle République, comme les précédentes, oublie la moitié de la population.
C'est dans ce contexte que Jenny d'Héricourt — Jeanne-Marie Poinsard de son vrai nom, née à Besançon en 1809, institutrice, militante icarienne proche d'Étienne Cabet — cofonde le 16 mars 1848 la Société pour l'émancipation des femmes, dont elle devient secrétaire. La société répond à une demande pressante des ouvrières parisiennes, qui se sentent les grandes oubliées de la révolution de Février : les Ateliers nationaux pour femmes n'ouvriront qu'en avril, sous direction masculine, et sans répondre à leur revendication fondamentale d'indépendance économique.
La société se démarque dès l'origine par sa virulence envers les philosophes sociaux qui prétendent exclure les femmes de l'émancipation au nom de leur supposée infériorité naturelle. Proudhon est la cible principale — lui qui théorise que la femme ne peut être que ménagère ou courtisane. Jenny d'Héricourt lui répondra par des articles dans la Revue philosophique et religieuse, puis par son grand ouvrage de 1860, La Femme affranchie, traduit en plusieurs langues. Quand Proudhon daignera lui répondre en 1857, ce sera pour invoquer « certain organe incapable par lui-même de vaincre son inertie » — preuve, s'il en fallait une, qu'il n'avait rien à opposer sur le fond.
L'adresse du siège de la Société n'est pas documentée à ce jour.