Création d'une Commission de protection du patrimoine des musées parisiens, présidée par Gustave Courbet

Palais du Louvre

Autoportrait avec un chien noir (vers 1842-1844), Gustave Courbet.

Petit Palais, Paris.
 

Quand les canons prussiens tonnent à l'horizon, on découvre soudain que les tableaux ont une patrie.

Deux jours séparent la proclamation de la République, le 4 septembre 1870, de cette assemblée d'artistes réunis en urgence au Palais du Louvre. Paris sait que les armées de Guillaume Ier approchent: le siège est imminent. Dans l'agitation du gouvernement de la Défense nationale, qu'occupent les appels aux armes et la réorganisation de l'État, personne n'a encore pensé aux musées ni aux collections nationales. C'est Gustave Courbet qui comble ce vide.

Courbet a cinquante et un ans. Réaliste intransigeant, fils de paysan franc-comtois, bête noire de l'Académie et de l'Empire pendant vingt ans, il voit dans la chute de Napoléon III une libération autant qu'un avertissement: la jeune République peut périr faute de savoir ce qu'elle défend. Le 6 septembre, devant ses pairs réunis en assemblée au Louvre, il propose la création d'une Commission de protection du patrimoine des musées parisiens et en accepte la présidence. Autour de lui figurent Daumier, Bracquemond, Feyen-Perrin, Geoffroy-Dechaume, Ottin père: l'art indépendant, celui qui n'avait pas attendu les commandes officielles, prend la garde du trésor national.

La Commission travaille sans éclat. Elle réorganise la surveillance des galeries, obtient que des gardes permanents soient postés dans les espaces les plus exposés, supervise l'emballage des oeuvres fragiles, inventorie les dépôts provinciaux. Pendant le siège, du 19 septembre 1870 au 28 janvier 1871, les obus prussiens frappent les faubourgs du sud; les Véronèse, les antiques du département des sculptures, les milliers de dessins et d'estampes traversent l'hiver intacts. La Commission est maintenue sans interruption sous la Commune.

Courbet, élu à l'assemblée communale, prend la présidence de la Fédération des artistes de Paris le 13 avril 1871. Il défend les collections contre les ventes précipitées comme contre les destructions idéologiques. Sur la colonne Vendôme, monument impérial qu'il juge une insulte aux peuples écrasés par les guerres de Bonaparte, il préconise le démontage et le transfert au musée des Arts et Métiers. La colonne est abattue le 16 mai 1871, sans ordre précis de sa part.

La défaite de la Commune lui coûte tout. Incarcéré à Sainte-Pélagie puis interné à Versailles, condamné à financer la reconstruction de la colonne, ruiné, il s'exile en Suisse en juillet 1873. Il meurt à La Tour-de-Peilz, sur le lac Léman, le 31 décembre 1877, à cinquante-huit ans. Le Louvre, qu'il avait gardé sous les obus, ne lui ouvre ses cartels qu'un siècle après sa mort.

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