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20 août 1709
Événement

La faim descend rue Saint-Denis : l'émeute des grains, été 1709

Rue St Denis
📍 Rue St Denis — 2e arr. approximatif
La faim descend rue Saint-Denis : l'émeute des grains, été 1709
Émeutes du « grand hiver » de 1709.

Paris a faim, et cette faim-là a des dents que le mousquet du roi ne saura pas arracher.

L'hiver 1709 est entré dans la mémoire comme une déchirure. En janvier, Paris gèle à -23 degrés. La Seine se fige, les vignes meurent, les semences pourrissent dans les sillons pétrifiés. Pendant dix-huit jours consécutifs le thermomètre refuse de remonter au-dessus de -10°C. Les pauvres brûlent leurs meubles pour ne pas mourir avant le printemps. Mais le printemps qui suit est plus cruel encore que l'hiver : les récoltes ont été anéanties, le prix du setier de blé triple, quadruple. La disette s'installe sur une France saignée par vingt ans de guerres.

Le 20 août 1709, la misère déborde en deux points distincts de la ville. Au 24 de l'avenue Victoria, dans l'hôtel du lieutenant général de police, des ouvriers des ateliers publics — ces organismes de charité que Louis XIV a créés pour occuper les sans-travail des villes — se soulèvent. La troupe intervient. Le bilan est de plusieurs dizaines de morts. Simultanément, rue Saint-Denis, dans ce couloir commerçant qui traverse Paris du nord au sud, une foule d'artisans, de revendeurs et de journaliers envahit les étals et réclame que les prix soient fixés. La réponse royale est identique : les soldats tirent sur les émeutiers.

Louis XIV, à Versailles, reçoit les nouvelles avec accablement. À soixante-et-onze ans, cerné par les défaites militaires de la décennie — Ramillies, Oudenarde, Malplaquet — il doit désormais faire face à une guerre intérieure qu'il n'avait pas prévue. Les libelles qui circulent à Paris résument d'une formule l'état de son règne : "Le roi soleil a cessé de briller." Sa monarchie absolue, cette construction de toute une vie politique, se fissure par le bas : la rue, la faim, la colère des petits métiers.

Les émeutes de 1709 ne renverseront rien. Dans la tradition des soulèvements populaires d'Ancien Régime, elles seront étouffées, oubliées dans les archives de police, cantonnées à quelques lignes dans les mémoires des contemporains. Mais elles appartiennent à ce fil que les historiens du mouvement ouvrier suivront plus tard, de jacquerie en révolte frumentaire, de Fronde en Journées de juin : chaque fois que le prix du pain excède ce que le peuple peut payer, quelque chose de politique entre dans la rue. Ce que les économistes de cour appellent "problème de subsistances" est en réalité la question du pouvoir : qui possède les greniers ? qui fixe les prix ? qui profite de la misère ? Ces questions posées rue Saint-Denis en 1709 n'auront de réponse — partielle, provisoire, ensanglantée — qu'en 1789.