Jean-Baptiste Belley (1747-1805), représentant de Saint Domingue en 1797, membre de la Convention et député aux Cinq-Cents. C'est la première représentation d'un homme noir dans la position d'un législateur occidental qui s'appuie sur le piédestal du buste en marbre de l'abbé Guillaume Thomas François Raynal, sculpté par Espercieux.
Musée national du château de Versailles et de Trianon.
À deux ans, il avait traversé l'Atlantique dans la cale d'un négrier. À cinquante, il habitait rue des Mathurins.
Le 16 messidor an IV — 4 juillet 1796 — les registres parisiens mentionnent l'adresse d'un député au Conseil des Cinq-Cents : rue Neuve des Mathurins, Paris. Le député s'appelle Jean-Baptiste Mars Belley. C'est le premier homme noir à siéger dans une assemblée française.
Il est né vers 1746 sur l'île de Gorée, au Sénégal. Vendu à l'âge de deux ans à un négrier faisant voile vers Saint-Domingue, il grandit dans la colonie. Il rachète sa liberté — peut-être par son métier de perruquier au Cap-Français, les sources ne s'accordent pas. En 1777, il sert dans le corps des nègres libres lors de la guerre d'indépendance américaine et reçoit le surnom de « Mars » à Savannah. À la Révolution, il est capitaine d'infanterie aux colonies.
En septembre 1793, Saint-Domingue l'élit à la Convention, aux côtés de Mills et Dufay. Il arrive à Paris le 3 février 1794. Le lendemain, le 4 février, la Convention vote l'abolition de l'esclavage dans tous les territoires français. Ce n'est pas une coïncidence — c'est une séquence. La révolte avait commencé à Saint-Domingue en août 1791 ; le commissaire civil Sonthonax avait proclamé la liberté des esclaves en août 1793 pour les rallier contre les colons et les Anglais. La Convention ne libère pas les esclaves : elle entérine ce qu'ils ont obtenu eux-mêmes par le fer et le feu.
Belley siège. D'abord à la Convention jusqu'en 1795, puis au Conseil des Cinq-Cents jusqu'en 1797. C'est pendant ces années, rue des Mathurins, que Girodet le peint : debout, appuyé sur un buste de l'abbé Raynal — le philosophe qui avait écrit en 1770 qu'il viendra « ce grand homme que la nature doit peut-être à l'honneur de l'espèce humaine » pour venger les opprimés. Belley, dans le tableau, est cette réponse.
En 1797, il retourne à Saint-Domingue comme commandant de gendarmerie. Quand Bonaparte envoie l'expédition Leclerc en 1802 pour rétablir l'esclavage, Belley est suspendu, arrêté, déporté à Belle-Île-en-Mer.
Il y mourra le 6 août 1805. Sa succession totale s'élève à 1 697,50 francs. Haïti avait proclamé son indépendance un an et demi plus tôt, le 1er janvier 1804. Il n'avait pas pu y être.