À deux ans, il avait traversé l'Atlantique dans la cale d'un négrier. À cinquante, il habitait rue des Mathurins.
Le 16 messidor an IV — 4 juillet 1796 — les registres parisiens mentionnent l'adresse d'un député au Conseil des Cinq-Cents : rue Neuve des Mathurins, Paris. Le député s'appelle Jean-Baptiste Mars Belley. C'est le premier homme noir à siéger dans une assemblée française.
Il est né vers 1746 sur l'île de Gorée, au Sénégal. Vendu à l'âge de deux ans à un négrier faisant voile vers Saint-Domingue, il grandit dans la colonie. Il rachète sa liberté — peut-être par son métier de perruquier au Cap-Français, les sources ne s'accordent pas. En 1777, il sert dans le corps des nègres libres lors de la guerre d'indépendance américaine et reçoit le surnom de « Mars » à Savannah. À la Révolution, il est capitaine d'infanterie aux colonies.
En septembre 1793, Saint-Domingue l'élit à la Convention, aux côtés de Mills et Dufay. Il arrive à Paris le 3 février 1794. Le lendemain, le 4 février, la Convention vote l'abolition de l'esclavage dans tous les territoires français. Ce n'est pas une coïncidence — c'est une séquence. La révolte avait commencé à Saint-Domingue en août 1791 ; le commissaire civil Sonthonax avait proclamé la liberté des esclaves en août 1793 pour les rallier contre les colons et les Anglais. La Convention ne libère pas les esclaves : elle entérine ce qu'ils ont obtenu eux-mêmes par le fer et le feu.
Belley siège. D'abord à la Convention jusqu'en 1795, puis au Conseil des Cinq-Cents jusqu'en 1797. C'est pendant ces années, rue des Mathurins, que Girodet le peint : debout, appuyé sur un buste de l'abbé Raynal — le philosophe qui avait écrit en 1770 qu'il viendra « ce grand homme que la nature doit peut-être à l'honneur de l'espèce humaine » pour venger les opprimés. Belley, dans le tableau, est cette réponse.
En 1797, il retourne à Saint-Domingue comme commandant de gendarmerie. Quand Bonaparte envoie l'expédition Leclerc en 1802 pour rétablir l'esclavage, Belley est suspendu, arrêté, déporté à Belle-Île-en-Mer.
Il y mourra le 6 août 1805. Sa succession totale s'élève à 1 697,50 francs. Haïti avait proclamé son indépendance un an et demi plus tôt, le 1er janvier 1804. Il n'avait pas pu y être.