Le magasin Lévitan devient un entrepôt de meubles volés aux Juifs déportés, trié par leurs semblables en sursis

Magasin "Aux classes laborieuses" (anciens établissements Lévitan)/Lager Ost (centre tenu par la Gestapo)

Plaque commémorative du magasin Lévitan.

Derrière la façade d'un grand magasin du faubourg Saint-Martin, des Juifs en sursis triaient pendant deux ans les affaires des Juifs déportés.

Le magasin Lévitan — du nom de Simon Lévitan, commerçant juif qui l'avait fondé — occupait le 85-87 du faubourg Saint-Martin depuis des décennies. En 1943, la Gestapo le réquisitionne pour en faire un centre de tri et d'entreposage des biens spoliés aux Juifs déportés. Meubles, vaisselle, tableaux, tapis : tout ce que les rafles laissaient dans les appartements vides était acheminé ici, inventorié, catalogué, expédié vers le Reich.

Pour faire ce travail, la Gestapo recrute une main-d'œuvre particulière : des Juifs mariés à des non-Juifs — pour l'instant épargnés par les convois. Ils arrivent sous escorte, travaillent sous surveillance, dorment sur place dans des conditions précaires. Au plus fort de l'opération, on en compte près de neuf cents. Certains glissent parfois un mot dans un tiroir ou sous un matelas à destination d'un inconnu allemand. Quelques familles allemandes retrouvèrent ces billets.

L'établissement fonctionne ainsi jusqu'en août 1944. Il sert aussi d'annexe au camp de Drancy : des prisonniers y sont transférés, d'autres en repartent vers les convois. La plupart ne reviendront pas.

Le bâtiment du faubourg Saint-Martin est toujours debout. Une plaque, apposée des décennies plus tard, rappelle aujourd'hui ce qu'il fut.

Bibliographie