Le 20 octobre 2014, en présence du président François Hollande, le groupe de luxe LVMH inaugure au bord du Jardin d'acclimatation le musée de sa fondation, un vaisseau de verre dessiné par Frank Gehry. Huit ans de chantier, un coût jamais rendu public, et, selon la Cour des comptes, 518 millions d'euros d'impôts en moins pour le groupe.
La fondation d'entreprise Louis-Vuitton naît en 2005 pour prolonger le mécénat de LVMH. En 2001, après avoir visité le musée Guggenheim de Bilbao, Bernard Arnault a demandé à Frank Gehry, prix Pritzker 1989, un bâtiment pour elle ; le projet passe pour une réplique à la fondation que François Pinault a installée à Venise. Le terrain est tout trouvé : LVMH tient la concession du Jardin d'acclimatation depuis qu'il a racheté, en 1984, le groupe Boussac, concessionnaire depuis 1952. Le musée remplace un bowling, une billetterie et un restaurant, en vertu d'une convention de cinquante-cinq ans signée avec la Ville, à compter du 1er janvier 2007, contre une redevance annuelle.
Gehry imagine une architecture de verre inspirée du Grand Palais et des serres qui ornaient autrefois le jardin. Le bâtiment couvre 11 779 m² et dépasse quarante mètres de haut ; ses voiles sont faites de 3 600 panneaux de verre, tous différents et courbés un à un, posés sur des poutres de bois et d'acier. Plus de 700 ouvriers y travaillent, et le chantier produit une trentaine de brevets. À l'intérieur, onze galeries et un auditorium.
Le projet a ses opposants. La Coordination pour la sauvegarde du bois de Boulogne attaque la délibération du Conseil de Paris et le permis de construire, que la justice administrative annule le 20 janvier 2011. La Ville modifie son règlement d'urbanisme ; le 15 février 2011, un « cavalier législatif » valide le permis, glissé dans une loi qui traite d'un sujet voisin : le prix du livre numérique. Saisi, le Conseil constitutionnel l'admet le 24 février 2012 : la disposition « répond à un but d'intérêt général suffisant ».
Le coût, d'abord annoncé à cent millions d'euros, n'est pas publié ; on l'estime ensuite à cinq cents millions. Mais l'essentiel se lit dans le rapport de la Cour des comptes sur le mécénat, en 2018 : de 2007 à 2017, les sociétés de LVMH ont réduit leurs impôts de 518,1 millions d'euros au titre des sommes versées à la fondation, dont la construction du bâtiment « a constitué la principale activité » ; « la véritable retombée est l'apport en termes d'image de la fondation au groupe et à sa principale marque ». La même année, une association anticorruption porte plainte devant le parquet national financier. La fondation ne vend ni œuvres ni produits de luxe, mais des malles Louis Vuitton trônent dans le hall.
En 2062, au terme de la convention, le bâtiment reviendra à la Ville de Paris. L'État, par les réductions d'impôt, en aura déjà réglé une bonne partie.
Texte rédigé avec l’aide de l’IA, relu et corrigé par la rédaction.