Portrait de François Salson par les Frères Géniaux, Paris.
Des bateleurs persans avaient été refoulés aux barrières de Paris tandis que leur souverain défilait avenue de Malakoff au milieu des honneurs. Pour François Salson, c'était suffisant.
L'été 1900 était celui de l'Exposition universelle. Paris accueillait les chefs d'État du monde entier, et Mouzaffer-ed-Dine, chah de Perse, figurait parmi les hôtes de marque. Il était arrivé en France avec sa suite, reçu avec tous les égards dus aux souverains amis de la République. Le 2 août, son carrosse défilait avenue de Malakoff, dans le 16e arrondissement, entre Porte Dauphine et la plaine Monceau, escorté et acclamé.
François Salson attendait dans la foule. Il avait vingt-quatre ans, était né à Montlaur dans l'Aveyron, et fréquentait les milieux anarchistes parisiens. Ce qui l'avait décidé à agir, apprit-on plus tard, n'était pas un calcul politique abstrait : il avait été frappé par le contraste entre le traitement réservé au chah, accueilli comme souverain ami, et celui infligé à de simples sujets persans, des montreurs d'ours, refoulés aux barrières de Paris comme des indésirables.
Au passage du carrosse, il écarta les gardes, sauta sur le marchepied et pointa son revolver contre la poitrine du chah. Il pressa la détente. Le coup rata : le percuteur frappa l'étui de la cartouche au lieu de l'amorce. Le chah de Perse n'était pas blessé.
Salson fut arrêté sur le champ. Il garda le silence deux jours avant de décliner son identité. L'enquête judiciaire, conduite sur deux mois, établit qu'il avait agi seul : sa compagne Augustine Coadet ignorait tout du projet, et son ami Auguste Valette, chansonnier anarchiste, ne portait aucune responsabilité dans la tentative.
Il fut condamné à la transportation et déporté aux Îles du Salut, en Guyane française. Il y arriva vers la mi-juin 1901 et mourut le 19 juillet 1901, de fièvre et de diarrhée. Il avait vingt-cinq ans. Son revolver avait refusé de tirer ; la Guyane fit le reste.
Quelques jours avant l'attentat de Salson, le 29 juillet 1900, l'anarchiste Gaetano Bresci avait assassiné le roi d'Italie Umberto Ier à Monza. Le mois d'août 1900 avait commencé ainsi, entre coups de feu réussis et coups de feu ratés.