La CGT renonce à une action de masse contre la guerre le jour de la mobilisation générale

Second siège de la coopérative l'Égalitaire/Coopérative ouvrière

Affiche de la mobilisation générale, placardée par la municipalité du 8e arrondissement de Paris, rue Royale, en août 1914.

Jean Jaurès avait été assassiné la veille. La mobilisation générale fut affichée dans la matinée. La CGT tint réunion. Elle décida de ne pas appeler à la grève. L'antimilitarisme de vingt ans s'effaçait en quelques heures.

Depuis la Charte d'Amiens de 1906, la position officielle de la Confédération générale du travail était claire : en cas de guerre déclarée, la classe ouvrière répondrait par la grève générale. Cette menace avait été réaffirmée aux congrès de l'Internationale socialiste de Stuttgart (1907) et de Bâle (1912). Elle était le principal levier du mouvement ouvrier contre les gouvernements bellicistes.

Le 1er août 1914, la mobilisation générale fut décrétée en France. Dans la matinée, les affiches blanches annoncèrent dans toutes les mairies que les hommes devaient rejoindre leurs régiments. Jean Jaurès avait été abattu la veille au café du Croissant, et avec lui avait disparu la voix la plus déterminée contre la guerre dans le mouvement socialiste français.

La Commission administrative de la CGT se réunit ce jour-là dans les locaux de la coopérative ouvrière de la rue de Sambre et Meuse, dans le 10e arrondissement. La décision fut prise de ne pas déclencher d'action de masse. Léon Jouhaux, secrétaire général de la CGT depuis 1909, opta pour le soutien à l'effort de guerre.

Quelques jours plus tard, le 4 août, la SFIO votait les crédits de guerre à l'Assemblée nationale. Jouhaux prit la parole aux funérailles de Jaurès au cimetière Montparnasse pour appeler à la défense nationale. L'Union sacrée était actée.

Lénine, apprenant le vote des socialistes allemands pour les crédits de guerre, crut d'abord à un faux des journaux. Il écrirait plus tard que ce vote marquait la faillite de la Deuxième Internationale. La décision de la CGT du 1er août en était l'acte préliminaire.

Les hommes partirent au front. Beaucoup n'en revinrent pas.