Manifestation à la Gare de Lyon, au moment du départ du général Boulanger pour Clermont-Ferrand, le 8 juillet 1887.
Sur les quais de la Gare de Lyon, quelqu'un avait collé des affiches : « Il reviendra. »
Le 8 juillet 1887, plusieurs milliers de Parisiens envahissent les quais de la Gare de Lyon pour empêcher un train de partir. À bord : le général Georges Boulanger, en route pour Clermont-Ferrand, où le gouvernement vient de lui confier le commandement du 13e corps d'armée. Le train reste bloqué plusieurs heures. On crie « Il reviendra ! ». On s'accroche aux wagons. On pleure.
Comment un général de division en est-il arrivé là ? Dix-huit mois plus tôt, Boulanger entre au gouvernement comme ministre de la Guerre. Il améliore le quotidien des soldats, interdit aux princes d'Orléans de résider sur le sol français, modernise l'équipement. Surtout, il incarne la revanche — la reconquête de l'Alsace-Lorraine, perdue en 1871. Le 14 juillet 1886, il défile à Longchamp sur son cheval noir : Paris l'acclame. Le chansonnier Paulus lui consacre une chanson, En rev'nant d'la revue. Elle est reprise partout. « Le brav' général » est né.
La République modérée voit venir le problème. En avril 1887, l'affaire Schnaebelé — un douanier français arrêté par les Allemands en territoire contesté — met la France au bord d'un incident diplomatique. Boulanger réclame la fermeté, les ministres temporisent. Le cabinet Rouvier, qui lui succède en mai, lui retire le portefeuille. Reste à l'éloigner de Paris. Un commandement militaire à Clermont-Ferrand, à quatre cents kilomètres de la capitale : la solution est trouvée.
Ce 8 juillet, ses partisans ne l'entendent pas ainsi. Les quais de la Gare de Lyon sont noirs de monde. Les voies sont bloquées. Des agents de police tentent de dégager les accès. Cela prend des heures. Le général part enfin, sous les cris et les affiches collées sur les wagons : « Il reviendra. »
Il revient, effectivement. Élu dans plusieurs départements simultanément en 1888, plébiscité à Paris en janvier 1889 avec plus de deux cent quarante mille voix, à deux doigts du coup d'État. Le soir du 27 janvier, ses partisans l'attendent au café Durand, place de la Madeleine, pour marcher sur l'Élysée. Boulanger ne bouge pas. Deux mois plus tard, sous la menace d'une arrestation pour attentat contre la sûreté de l'État, il prend le train pour Bruxelles.
Les affiches de la Gare de Lyon avaient dit vrai sur le retour. Elles n'avaient rien dit sur la fuite.