Cora Pearl, née Emma Élizabeth (Éliza) Crouch.
Trois mois après sa mort, on vendit à Drouot une cravache, des draps de lit et plusieurs perruques blondes.
Un soir — on ne sait plus exactement lequel, dans le Grand Seize du Café Anglais — elle lance un pari : le prochain plat, ses convives ne pourront jamais le découper. Elle s'absente quelques minutes. Quatre domestiques reviennent, portant sur un plateau d'argent un plat garni de persil. Et Cora Pearl, nue.
Elle gagne le pari. C'est le demi-monde du Second Empire dans toute sa logique : le scandale comme art, la provocation comme monnaie d'échange, le corps comme capital. Paris la surnomme « le plat du jour » et « la grande horizontale ». Elle joue Cupidon aux Bouffes-Parisiens dans Orphée aux Enfers en 1867, vêtue de ses seuls diamants — chaque soir, l'un d'eux tombe sur les planches, jamais ramassé : c'est le pourboire des machinistes. Elle possède soixante chevaux, en paye un 90 000 francs, fait graver ses initiales sur sa baignoire en bronze. Le prince Napoléon, cousin de l'empereur, lui offre deux hôtels particuliers dans le 16e.
Le 19 décembre 1872, Alexandre Duval force la porte de son hôtel rue de Chaillot. Le jeune restaurateur est ruiné — elle l'a dépouillé, puis rompu net. Il entre dans la chambre, tire une fois dans le vide, retourne l'arme contre lui. La blessure n'est pas mortelle. Le scandale, lui, l'est. Deux jours plus tard, un commissaire signifie l'expulsion de Cora Pearl du territoire.
Le Second Empire était déjà mort deux ans plus tôt — Sedan, la capitulation, la République proclamée place de l'Hôtel de Ville. Cora Pearl avait transformé son hôtel rue de Chaillot en hôpital pendant le siège de Paris, s'improvisant infirmière. Elle revient en 1871 sans protecteur ni position. Ce qui lui donnait du prix n'existe plus. L'argenterie part à Drouot en 1877. Le château de Beauséjour suit en 1885, lourdement hypothéqué.
En 1886, elle publie ses Mémoires : « Je n'ai jamais trompé personne, car je n'ai jamais été à personne. » Le 8 juillet, elle meurt au 8 rue de Bassano, dans le 16e arrondissement, d'un cancer à l'estomac.
À la vente de succession, trois mois plus tard : de la lingerie, des draps de lit, un unique collier de perles, son portrait à cheval peint par Lansac, une cravache, une tenue d'amazone, quatre-vingts livres et plusieurs perruques blondes.