lorence Homolka (Florence Meyer, dite), Vue extérieure de l'atelier (La cour, les matériaux), vers 1948, Centre Pompidou
Il y avait déménagé en 1928, après une inondation au numéro 8 de la même impasse où il travaillait depuis 1916. À sa mort, le 16 mars 1957, Constantin Brancusi n'avait pratiquement plus quitté l'impasse Ronsin depuis un demi-siècle. Né en 1876 en Roumanie, arrivé à Paris en 1904, il avait fait de cette ruelle calme du 15e arrondissement — entourée d'autres ateliers d'artistes, à l'écart du bruit — le lieu unique de toute son œuvre.
L'atelier n'était pas seulement son lieu de travail : c'était l'œuvre elle-même. Dès les années 1920, Brancusi y disposait ses sculptures en groupes soigneusement agencés, remaniait leur disposition quotidiennement, les photographiait sous toutes les lumières. Quand il vendait une pièce, il la remplaçait par son tirage en plâtre pour ne pas rompre l'unité de l'ensemble. Visiter l'atelier était une expérience que les admirateurs — Ezra Pound, Man Ray, Cocteau — décrivaient comme un spectacle à part entière, une mise en scène orchestrée par Brancusi lui-même.
Dans les années 1950, il ne crée presque plus de nouvelles sculptures. En 1952, il obtient la nationalité française. Un an avant sa mort, il rédige son testament : il lègue à l'État français la totalité de l'atelier — 137 sculptures, 87 socles, 41 dessins, ses outils, sa bibliothèque, ses milliers de photographies — à la seule condition que le Musée national d'Art moderne s'engage à le reconstituer tel qu'il se présentera le jour de sa mort. L'impasse Ronsin a depuis disparu. L'atelier, lui, existe toujours — reconstruit par Renzo Piano sur la piazza du Centre Pompidou.