Fils d'une modiste de la rue du Bac, promis au commerce du drap, il choisit de peindre la lumière.
Le 16 juillet 1796, en pleine République directoriale, naît au 125 de la rue du Bac un certain Jean-Baptiste Camille Corot. La maison a depuis disparu, mais le décor, lui, dit tout : ses parents tenaient une boutique de modes réputée, à l'angle de la rue du Bac et du quai Voltaire. Le père, ancien perruquier, avait troqué la perruque contre les comptes du magasin ; la mère, marchande de modes, habillait les élégantes du quartier Saint-Thomas-d'Aquin.
On voulait faire du garçon un drapier. Corot passa près de huit ans derrière un comptoir de tissus avant d'obtenir, la trentaine venue, la permission et la petite rente qui lui permirent de peindre. Il partit pour l'Italie, revint arpenter les forêts de l'Île-de-France, se lia aux paysagistes qui travaillaient sur le motif du côté de Fontainebleau et de Barbizon. De ses ciels d'argent et de ses sous-bois tremblants, il fit un pont entre le paysage classique et ce que les impressionnistes oseraient bientôt.
Il resta, dit-on, l'homme le plus généreux de la peinture française. Apprenant que Daumier, vieilli et presque aveugle, allait être chassé de sa maison de Valmondois, Corot la lui acheta et la lui offrit. À la mort de Millet, il vint en aide à sa veuve. Le fils des marchands de la rue du Bac aura passé sa vie à faire l'inverse d'un commerce : donner ses toiles, et son argent.