De juin 1940 à août 1944, Paris vit à l'heure allemande. Une partie de la ville — journalistes, hommes d'affaires, militants d'extrême droite, simples profiteurs — choisit la collaboration, par conviction, opportunisme ou appât du gain. Loin d'être marginale, cette France-là occupe des rédactions entières, des administrations et des immeubles réquisitionnés.
La collaboration est d'abord une affaire de presse, et elle a ses quartiers. Dans le 2e arrondissement, autour de la rue du Croissant et du Sentier — le vieux fief des journaux —, les titres passés à l'ennemi prospèrent : Paris-Midi, où Louis-Ferdinand Céline signe ses diatribes antisémites ; Révolution nationale, organe proche du Rassemblement national populaire de Marcel Déat ; de grands quotidiens qui atteignent en 1941 leurs plus forts tirages en relayant la propagande allemande.
La collaboration, c'est aussi la spoliation. Des commerces « confisqués à des juifs » changent de mains sous le vernis de l'« aryanisation » ; l'administration réquisitionne 38 000 à 40 000 appartements parisiens pour le compte des occupants et de leurs services.
Enfin, elle s'arme. Dans le 18e, une caserne abrite les Waffen-SS français, souvent transfuges de la Légion des volontaires français (LVF) partie combattre sur le front de l'Est. Des groupuscules « archi-collabos » gravitent autour du Cercle européen ; des officines réservées aux officiers nazis et à leurs amis deviennent des cibles d'attentats. Les « Chemises bleues » fascistes prêtent main-forte à la Gestapo — l'un d'eux, José Delaplace, sera abattu par les FTP-MOI.
À la Libération, l'épuration réglera une partie des comptes. Mais le Paris collabo laisse une trace durable : celle d'une ville où, pendant quatre ans, la trahison eut pignon sur rue.
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