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1954
Événement

Havre de la communauté afro-américaine à Paris dans les années 1950

Café Le Tournon
Havre de la communauté afro-américaine à Paris dans les années 1950

Le Café Le Tournon est devenu au cours des années 1950 et 1960 le cœur battant de la communauté des écrivains et musiciens afro-américains exilés à Paris. En apparence, ce petit bar de quartier au mobilier vieillissant et aux fresques fanées ne se distingue guère des centaines d'autres cafés parisiens. Mais il a acquis une importance singulière en devenant le point de ralliement d'une génération d'artistes fuyant le racisme américain.

Richard Wright, le doyen de la communauté des expatriés noirs, arrive à Paris en 1947. James Baldwin le suit un an plus tard en 1948. Chester Himes, maître du roman policier, arrive en 1953. William Gardner Smith, journaliste et écrivain, découvre le Café Le Tournon et le fait connaître au groupe. Chaque jour, ces écrivains se réunissent pour échanger les nouvelles, discuter littérature, politique et race, jouer au flipper et travailler malgré le bruit ambiant.

Le Tournon n'est pas seulement un refuge pour les écrivains. Des musiciens de jazz comme Duke Ellington et son orchestre, Sidney Bechet, Miles Davis et Art Blakey fréquentent également le quartier Saint-Germain-des-Prés, qui connaît une véritable « jazzmania » dans les années 1950. Le café devient ainsi un lieu où se côtoient écrivains, musiciens, peintres et sculpteurs, dont le peintre Beauford Delaney.

C'est le racisme américain, « la folie de l'Amérique » comme disait Baldwin, qui les avait chassés de chez eux. Paris, avec sa tradition humaniste et son respect pour les créateurs, offrait à cette communauté un havre culturel et racial. Wright écrivit : « Il est si bon d'être quelque part où votre couleur est la moins importante chose à votre sujet. » Bien que le Tournon fût leur principal point de rassemblement, Baldwin fréquentait aussi le Café de Flore et la Brasserie Lipp. C'est dans l'un de ces cafés que Wright et Baldwin eurent leur célèbre querelle littéraire, où le jeune Baldwin critica ouvertement la fiction de protestation. Chester Himes parvint à les réconcilier en les entraînant vers le Tournon, qu'il appelait sa « meilleure adresse connue à Paris ».![[Le Café Tournon, Photo: courtoisie de Daniel Fabre, via Flickr|Café Tournon Daniel Fabre res.jpg]]

Le Café Tournon, Photo: courtoisie de Daniel Fabre, via Flickr