Premier théâtre du célèbre illusionniste Jean Eugène Robert-Houdin

Théâtre des Soirées Fantastiques/Théâtre Robert-Houdin

Affiche non datée pour le théâtre Robert-Houdin.

Robert-Houdin ouvre son théâtre au Palais-Royal

Il était horloger. Il allait devenir le père de la magie moderne. Le comte de l'Escalopier lui prêta les fonds.

Le 3 juillet 1845, Jean-Eugène Robert-Houdin inaugure son Théâtre des Soirées Fantastiques au 164 de la galerie de Valois, au Palais-Royal. La salle est petite — quelques dizaines de places, aménagées dans trois arcades réunies — mais l'effet est immédiat. Paris n'a jamais vu ça.

Robert-Houdin n'est pas un bateleur de foire. C'est un horloger de Blois, autodidacte, passionné de mécanique et d'électricité, qui a mis des années à perfectionner ses tours avant de se risquer sur scène. Ce sont ses automates — pendules, joueurs d'échecs, trapézistes mécaniques — qui lui ont valu l'attention du comte de l'Escalopier, lequel lui a commandé une horloge de précision. La conversation a débouché sur un financement. Le théâtre est né de là.

Les spectacles enchantent Paris. « L'oranger merveilleux » : un oranger en miniature qui bourgeonne, fleurit et se couvre de fruits en quelques secondes. « Le carton fantastique » : un carton ordinaire d'où surgissent objets, animaux, foulards en quantités impossibles. La presse s'emballe. Le théâtre affiche complet chaque soir pendant des années.

Robert-Houdin ne se contente pas du Palais-Royal. En 1856, le gouvernement français le tire de sa retraite et l'envoie en Algérie avec une mission singulière : contrecarrer l'influence des marabouts sur les populations kabyles résistant à l'occupation, en leur montrant que la « magie » française est supérieure à la leur. Le 28 octobre, il joue devant une salle comble à Alger, remplie de chefs de tribus convoqués spécialement. Les Algériens applaudissent. Ils repartent convaincus que les Français ont un très bon sorcier. La résistance continue.

En 1888, quarante-trois ans après l'ouverture, Georges Méliès rachète le théâtre. Il y présente d'abord ses propres tours, puis projette ses premiers films. La scène du magicien devient l'une des premières salles de cinéma de Paris.

Le prestidigitateur avait sans le savoir préparé la salle pour l'illusionniste suivant.