De Gaulle place de la République : une constitution taillée pour un homme

Place de la République

Portrait de Charles de Gaulle par Ludwig Wegmann.

Deutsches Bundesarchiv (German Federal Archive), B 145 Bild-F015892-0010

Choisir la place de la République pour présenter une constitution qui concentre le pouvoir exécutif : il y a là une ironie que De Gaulle n'ignorait pas.

Le 4 septembre 1958, le général de Gaulle monte sur l'estrade dressée place de la République pour présenter aux Français le projet de constitution de la Ve République. La date est choisie avec soin : le 4 septembre est l'anniversaire de la proclamation de la IIIe République par Gambetta en 1870. La foule est nombreuse. Dans vingt-quatre jours, les Français seront appelés à ratifier par référendum le texte qui remodèlera les institutions françaises pour les décennies suivantes.

De Gaulle est revenu au pouvoir quatre mois plus tôt, en mai 1958, sur fond de putsch militaire à Alger et d'impuissance de la IVe République à régler la crise algérienne. La IVe République avait gouverné avec des coalitions instables, vingt-cinq gouvernements en douze ans, une instabilité que ses adversaires n'avaient cessé de dénoncer. De Gaulle, qui avait quitté le pouvoir en 1946 en dénonçant ce système, revient avec un projet clair : renforcer l'exécutif, donner au Président de la République des pouvoirs que la tradition parlementaire française lui avait jusque-là refusés.

Le texte présenté place de la République est l'œuvre principale de Michel Debré, mais il porte la marque des conceptions gaulliennes : un Président élu par un collège de notables (le suffrage universel direct ne viendra qu'en 1962), investi du droit de dissolution, de l'article 16 permettant les pleins pouvoirs en cas de crise, et d'une primauté réelle sur le Premier ministre. La constitution crée ce qu'on dira "semi-présidentiel", synthèse française taillée sur mesure pour un homme qui entend gouverner.

La gauche vote non. Le Parti communiste, une partie de la SFIO, les syndicats s'opposent à un texte qu'ils lisent comme la légalisation du régime personnel. La guerre d'Algérie, dont la constitution ne règle rien, est la toile de fond de toute l'opération.

Le référendum du 28 septembre 1958 dit oui à plus de 82 %. La Ve République commence. Elle est toujours en vigueur soixante-huit ans plus tard, ayant survécu à la décolonisation, à mai 1968, à l'alternance de 1981, à cinq cohabitations et à une succession de crises institutionnelles que ses fondateurs n'avaient pas prévues. La place de la République, où la statue de Marianne regarde les badauds du haut de son socle, n'a pas fini de voir des foules se rassembler pour contester ou défendre ce que De Gaulle y annonça ce soir de septembre.

Personnage(s)

Bibliographie