Affiche des écoles laïques du 23 avril 1871
Dix ans avant Jules Ferry, la Commune ouvre une école sans crucifix. Elle ne durera pas cinq semaines.
Le 22 avril 1871, le projet est officialisé : l'école communale de garçons du faubourg Saint-Martin, au 157 de la rue, sera la première de Paris confiée à des instituteurs laïques, en remplacement des congréganistes qui tenaient jusque-là l'essentiel de l'enseignement primaire. Charles Poirson est chargé d'en prendre la direction. L'école n'ouvrira jamais — ou si peu. Le 28 mai, la Semaine sanglante emportera tout.
La Commune et l'école
La question scolaire est au cœur du projet communard, et elle va vite. Dès le 2 avril, le décret de séparation de l'Église et de l'État coupe les vivres aux cultes. Le 9 avril, un appel est lancé pour recruter des instituteurs laïques capables de remplacer les frères et les sœurs qui refusent la sécularisation. Le 20 avril, Édouard Vaillant — ingénieur, ancien élève de Tübingen et de Heidelberg, l'une des « têtes pensantes » de la Commune — est nommé délégué à l'Enseignement. Il crée une commission chargée d'organiser un enseignement « intégral, primaire et professionnel, laïque et gratuit » dans tous les arrondissements, pour les filles comme pour les garçons.
Le mouvement part des quartiers avant même les décrets. Ici et là, des maires d'arrondissement, des instituteurs, des sociétés d'éducation populaire prennent les devants. L'école du faubourg Saint-Martin en est un exemple : une initiative locale, portée par un homme dont l'histoire n'a retenu que le nom, dans un arrondissement populaire où les besoins sont immenses.
Dix ans d'avance
Le 19 mai, un mois avant la fin, la Commune adopte le décret qui rend l'enseignement primaire « exclusivement laïque ». C'est une première en France. Les lois Ferry — laïcité (1882), gratuité (1881), obligation (1882) — ne feront que reprendre, dans un cadre républicain stabilisé, ce que la Commune avait esquissé en quelques semaines sous les obus.
Ferry ne citera jamais la Commune. La Troisième République construira l'école laïque en effaçant soigneusement la mémoire de ceux qui l'avaient inventée — et qui, pour beaucoup, avaient été fusillés ou déportés pour cela.
Rue du Faubourg-Saint-Martin, le 157 n'existe plus. L'extension de la gare de l'Est a englouti l'emplacement. De l'école de Charles Poirson, il ne reste qu'une ligne dans un livre.