🗺 Lieux & Arrondissements 🎭 Thèmes ⏳ Époques 👤 Personnages 📅 Événements 🚶 Balades 🧭 Explorer 📚 Bibliographie À propos
2 avril 1854
Événement

Retour du journal "Figaro" en 1854

Rue Vivienne
📍 Rue Vivienne — 2e arr. approximatif
Retour du journal "Figaro" en 1854
Premier numéro du journal "Figaro" du 2 avril 1854

Le 2 avril 1854, une petite feuille moribonde ressurgit discrètement : Figaro, « journal non politique », reparaît sous l’impulsion d’Hippolyte de Villemessant et de son directeur Zacharias Dollingen. Dans un Second Empire où la presse reste encadrée par autorisations, cautions et menaces de suspension, le pari est prudent : un hebdomadaire parisien, littéraire, officiellement à distance de la grande politique.

Très vite, Villemessant prend seul les commandes et imprime sa marque. Il s’entoure d’auteurs prestigieux – Baudelaire, les frères Goncourt et bientôt toute une « école » de figaristes – et invente une formule addictive : rubriques fixes, « Échos » riches en potins, courrier des lecteurs, nécrologies et brèves où la bonne société se reconnaît. Le Figaro parle théâtre, littérature, coulisses du boulevard, mais aussi humeurs et petites polémiques qui testent les limites du régime. Le succès est au rendez‑vous : en 1856, l’hebdomadaire devient bihebdomadaire, puis, le 15 novembre 1866, se transforme en quotidien sous le titre définitif Le Figaro.

Au fil de cette montée en puissance, le journal se fixe socialement. Des chroniques littéraires aux petites annonces, la bourgeoisie française s’y retrouve, tandis que les milieux populaires se tournent plutôt vers les « quatre grands » bon marché. Alphonse Daudet décrit un journal « conçu par le boulevard pour le boulevard », au service de ce « Tout‑Paris » fait de coulissiers, comédiens, journalistes et oisifs agités entre Opéra, Bourse et Notre‑Dame‑de‑Lorette.

Politiquement, le ton se durcit vers la droite. L’attaque féroce de Gustave Bourdin contre Les Fleurs du mal contribue à la condamnation de Baudelaire, révélant un Figaro prompt à défendre la morale bourgeoise. Après 1870, le titre assume de plus en plus clairement une ligne conservatrice : en 1874, il se définit lui‑même comme « conservateur‑monarchique » et se forge un public d’aristocrates et de grands bourgeois.

Lors de la Commune de Paris, Le Figaro se range sans ambiguïté du côté de l’Ordre, appelant Thiers à « purger Paris » de la « vermine démocratique et sociale ». Il sera le premier journal supprimé par la Commune, avant de reprendre ses publications après l’écrasement de l’insurrection – un épisode qui mérite à lui seul un autre billet.

Le journal s'installe au n. 48 de la rue Vivienne, avant de migrer vers le n. 55 de la même rue et puis au 21 du boulevard Montmartre et au 3 de la rue Rossini.