Réunion du Conseil des Trente, ou Comité des Trente, afin d'arrêter le texte de l'adresse au gouvernement sur le report des élections

Jardin du Palais Royal

Dépouillement, par la commission parlementaire, des procès-verbaux départementaux de l'élection présidentielle du 10 décembre 1848.

Victor Duruy, Histoire populaire contemporaine de la France, Tome deuxième, Lahure, Paris, 1865

Réunion du Conseil des Trente, ou Comité des Trente, afin d'arrêter le texte de l'adresse au gouvernement sur le report des élections. Deux versions s'affrontent, celle de Cabet, plus conciliante, et celle de Blanqui

a Révolution de Février n'a pas trois semaines que déjà ses acteurs se divisent sur l'essentiel : à quelle vitesse consulter le pays ? Le gouvernement provisoire a fixé les élections à l'Assemblée constituante au 9 avril. Pour Louis Blanc, Blanqui et les clubs révolutionnaires, c'est beaucoup trop tôt. La France rurale, dominée par les notables et les curés, renverra une chambre conservatrice — et la révolution sera confisquée par les urnes avant même d'avoir accompli son œuvre sociale.

Le 17 mars, à 11 heures du matin, le cortège s'ébranle depuis la place de la Concorde. Clubs en tête, puis les ouvriers organisés par corporation. Les estimations varient entre 100 000 et 200 000 personnes, marchant par les quais jusqu'à l'Hôtel de Ville. L'adresse remise au gouvernement provisoire réclame trois choses : le retrait des troupes de Paris, le report des élections de la Garde nationale, et surtout le report des élections à la Constituante — jusqu'au 31 mai au moins, pour que « le peuple ait le temps de se concerter et de s'éclairer ».

Dans le cortège, Blanqui voudrait aller plus loin — il parle d'ajournement sine die. Caussidière, préfet de police révolutionnaire, encadre la manifestation pour éviter qu'elle ne dérape. Les blanquistes tentent en vain de lui donner une tournure insurrectionnelle. Le gouvernement, intimidé par la masse, cède : les élections sont reportées au 23 avril.

Victoire à court terme, illusion à long terme. Le 16 avril, une nouvelle manifestation demandant un report supplémentaire sera cette fois écrasée par la Garde nationale bourgeoise. Et le 23 avril, la France élira exactement l'assemblée modérée et rurale que les clubs redoutaient.

Bibliographie