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26 janvier 2019
Événement

Jérôme Rodrigues éborgné place de la Bastille — Acte XI des Gilets jaunes

Pied de la colonne de Juillet, moment de la blessure à l'œil

Le samedi 26 janvier 2019, vers 16 h 45, Jérôme Rodrigues, l'une des figures médiatiques du mouvement des Gilets jaunes, filme en direct sur sa page Facebook l'arrivée d'un cortège place de la Bastille. Depuis le pied de la colonne de Juillet, il commente les opérations de maintien de l'ordre lorsqu'une détonation retentit : il s'effondre, la main sur l'œil droit, et crie à la caméra qu'il vient d'être touché. La vidéo, vue des millions de fois en quelques heures, fait basculer une nouvelle fois l'image du mouvement.

L'œil droit de Rodrigues est irrémédiablement perdu. L'enquête attribuera progressivement sa blessure à un tir de grenade de désencerclement, arme à dispersion de plots de caoutchouc utilisée par les unités de maintien de l'ordre. En 2026, la cour d'appel de Paris confirme le renvoi devant la cour criminelle d'un membre d'une compagnie de sécurisation et d'intervention (CSI) soupçonné d'avoir tiré la grenade.

Avec les visages éborgnés, les mains arrachées et les crânes fracturés qui commencent à constituer un lourd dossier judiciaire, l'affaire Rodrigues concentre le débat sur la doctrine française du maintien de l'ordre — notamment sur l'usage des lanceurs de balles de défense (LBD 40) et des grenades de désencerclement. Le Défenseur des droits Jacques Toubon, puis le Conseil de l'Europe, demanderont leur suspension sans être entendus. Pour les Gilets jaunes, la place de la Bastille — déjà lieu de mémoire révolutionnaire — prend un sens nouveau : celui d'un corps meurtri qui vient se joindre à la colère.