Joyau gothique enchâssé dans l'enceinte du Palais de la Cité, la Sainte-Chapelle est bien plus qu'un chef-d'œuvre de pierre et de verre : elle est, au fil des siècles, le théâtre de drames religieux, de querelles politiques et de réaffectations brutales. Édifiée au XIIIe siècle pour abriter les reliques de la Passion acquises par Saint Louis, elle reste pendant des siècles le cœur spirituel de la monarchie capétienne — jusqu'à ce que la Révolution la vide de son sens.
En 1503, l'histoire y prend un tour sinistre : un étudiant nommé Hémon de La Fosse, coupable d'avoir nié la présence du Christ dans l'hostie, est brûlé vif. La chapelle royale, gardienne de l'orthodoxie, cautionne ainsi l'un des supplices les plus cruels de la Renaissance parisienne.
Deux siècles et demi plus tard, la Révolution renverse tout. La chapelle haute devient entrepôt — farines, archives s'y entassent pêle-mêle — tandis que la chapelle basse accueille d'abord le siège de la Section Henri IV (rebaptisée successivement Section du Pont-Neuf puis Section Révolutionnaire), puis, en 1791-1792, le Club de la Sainte-Chapelle, une dissidence royaliste et modérée issue de l'Assemblée électorale de Paris. Après le 10 août 1792, la Commune insurrectionnelle publiera la liste de ses membres — façon de désigner des suspects.
- XIIIe siècle Chapelle royale du Palais de la Cité, construite pour Saint Louis
- 1503 Lieu d'un procès pour hérésie : Hémon de La Fosse y est condamné avant d'être brûlé vif
- 1790 Transformée en dépôt d'archives et de farines pendant la Révolution
- 1790 — 1794 Chapelle basse : siège de la Section Henri IV / Section du Pont-Neuf / Section Révolutionnaire
- 1791 — 1792 Chapelle basse : siège du Club de la Sainte-Chapelle, fraction royaliste de l'Assemblée électorale
- XIXe siècle — aujourd'hui Monument historique restauré, classé au patrimoine mondial de l'UNESCO dans le cadre des rives de la Seine
La Sainte-Chapelle est aujourd'hui l'un des monuments les plus visités de Paris, ouvert au public sur l'île de la Cité, au sein du Palais de Justice. Ses quinze verrières gigantesques — près de 600 m² de vitraux du XIIIe siècle — restent un spectacle saisissant. Des concerts de musique de chambre s'y tiennent régulièrement.