Siège du journal La Cloche qui publie le "manifeste contre la guerre"

Siège du journal "La Cloche"

Couverture du journal satirique français La Cloche, 1ere édition. 

Dans sept jours, la France déclare la guerre à la Prusse. Ce 12 juillet 1870, au 5 rue Coq-Héron, on croit encore qu'un manifeste peut changer le cours des choses.

La rédaction de La Cloche tient dans un immeuble du 1er arrondissement, entre les Halles et le Palais-Royal. C'est là que Louis Ulbach — qui signe « Ferragus » — dirige depuis août 1868 un journal pamphlétaire que le Second Empire digère mal. Condamné à six mois de prison en juin 1869 pour avoir insulté Napoléon III, il a continué à paraître sans interruption. Devenu quotidien en décembre 1869, La Cloche s'est affirmé comme l'une des voix républicaines les plus tranchantes de Paris.

Ce 12 juillet 1870, la crise avec la Prusse est à son comble. Depuis que la France réclame des garanties au roi Guillaume sur la succession d'Espagne, la presse belliciste bat la chamade. Le ministre Gramont a déjà tenu ses discours guerriers à la tribune. La rue crie vengeance. Dans ce vacarme nationaliste, La Cloche publie un manifeste contre la guerre.

Le texte prend le contre-pied du mouvement général. La guerre serait une catastrophe pour le peuple des deux côtés du Rhin. Ce ne sont pas les affaires des travailleurs de régler les querelles dynastiques de deux empires. L'argument n'est pas seulement pacifiste — il est internationaliste. La section parisienne de l'Association Internationale des Travailleurs, autour de figures comme Eugène Varlin, tient le même discours depuis des semaines. Que La Cloche relaye ce manifeste est un acte éditorial net dans un paysage de presse qui, pour l'essentiel, se tait ou acclame.

Sept jours plus tard, la France déclare la guerre. Le manifeste n'a rien arrêté. La guerre dure quatre mois, se conclut par l'écrasement de Sedan, la chute de l'Empire, le siège de Paris. La Cloche suspend sa parution. Le 23 juillet, onze jours après la rue Coq-Héron, Marx rédige pour le Conseil général de l'AIT sa première adresse sur la guerre franco-prussienne : « guerre dynastique », écrit-il, dans laquelle le prolétariat européen ne doit prendre aucune part. La Cloche avait dit à peu près la même chose — depuis Paris plutôt que depuis Londres, et la première.

Elle reprendra en 1871, traversera la Commune et la naissance de la Troisième République, et ne s'arrêtera qu'en décembre 1872, après 985 numéros.

Bibliographie