Bulletin du Programme Commun de Gouvernement
Parti socialiste - Parti communiste
Place du Colonel Fabien, 27 juin 1972 : l'union de la gauche sur papier
La tour s'élève à l'angle du boulevard de la Villette et de la rue Armand-Carrel depuis 1971. Oscar Niemeyer l'a conçue pour le Parti communiste français — une façade incurvée et blanche, une salle de conférences souterraine en forme de dôme, une déclaration d'architecture dans un quartier ouvrier. Le 27 juin 1972, dans un bureau du cinquième étage, le PS et le PCF signent le Programme commun de gouvernement.
Mitterrand a pris la tête du Parti socialiste refondé l'année précédente au congrès d'Épinay. Sa stratégie est claire : faire du PS le premier parti de gauche, quitte à passer par une alliance avec les communistes. Le PCF de Georges Marchais voit dans l'union une chance d'accéder enfin au pouvoir. Les deux partis se rejoignent sur un texte de 200 pages. Le MRG — Mouvement des radicaux de gauche — y apposera sa signature le 12 juillet.
Le programme est ambitieux : salaire minimum porté à 1 000 francs, semaine de 39 heures, retraite à 60 ans, nationalisations massives des banques et des grands groupes industriels, abolition de la peine de mort, réduction du service militaire, droit à l'avortement. Tiré à plus d'un demi-million d'exemplaires — le document politique le plus diffusé du XXe siècle en France —, il est édité en deux versions rivales, l'une chez Flammarion avec une préface de Mitterrand, l'autre aux Éditions sociales avec une préface de Marchais.
L'alliance tient cinq ans. En septembre 1977, les négociations pour « actualiser » le programme tournent court : le PCF exige des nationalisations plus larges, le PS refuse. La rupture est consommée. La gauche se présente en ordre dispersé aux législatives de 1978 et perd. Mitterrand tire les conclusions inverses de tout le monde : c'est lui qui a gagné. Aux présidentielles de 1981, il l'emporte. Une partie du Programme commun sera appliquée — les nationalisations, l'abolition de la peine de mort, la retraite à 60 ans. Le reste s'arrêtera au tournant de la rigueur de 1983.
Pour la gauche communiste qui observait depuis l'exil ou la marginalité, la leçon du Programme commun confirme ce que Bordiga avait dit du parlementarisme depuis les années 1920 : entrer dans les institutions de l'État bourgeois pour les réformer, c'est les légitimer. Les nationalisations prévues ne supprimaient pas le rapport salarial — elles transféraient la propriété à l'État tout en maintenant intacte la structure du capital. Ce que Marx écrivait après la Commune reste valable : la classe ouvrière « ne peut pas se contenter de prendre telle quelle la machine de l'État et de la faire fonctionner pour son propre compte. » Le Programme commun ne posait pas cette question.