L'uniforme des Cent Suisse en 1779 - Balthasar Fr. Leizelt
Signature par un groupe de fribourgeois d'une pétition adressée à l'Assemblée Constituante demandant la libération de deux suisses condamnés dans leur pays mais purgeant leur peine à Brest en vertu d'un accord.
Le 18 février 1790, l’hôtel des Cent‑Suisses, tenu par Mme Chaperon près des Tuileries, devient le point de ralliement d’une petite colonie fribourgeoise en exil. Un « comité de patriotes » y invite les Fribourgeois de Paris à signer une pétition adressée à l’Assemblée constituante, réclamant la libération de deux compatriotes : François Huguenot et Jean‑Jacques Sudan, condamnés aux galères par leur canton après la révolte de Chenaux (1781) et détenus depuis huit ans à Brest en vertu d’un accord judiciaire entre la France et Fribourg.
Autour de cette pétition se cristallise un véritable micro‑lobby helvétique : des Cent‑Suisses en service aux Tuileries, des exilés politiques comme l’avocat Jean‑Nicolas Castella, mais aussi des figures françaises sensibles à la cause des « patriotes » suisses. Des contacts sont pris avec des députés, parmi lesquels l’abbé Grégoire, déjà engagé pour les droits des minorités et des persécutés, qui relaie la requête dans l’espace politique révolutionnaire.
La campagne engagée ce 18 février ne se limite pas à un geste humanitaire individuel. Elle conteste, au nom des principes de 1789, la sévérité de la justice patricienne fribourgeoise et affirme que les galériens suisses, punis pour avoir réclamé des réformes, doivent être considérés comme des victimes de l’arbitraire. Les démarches aboutiront, après de longs mois de pressions, à la libération et au « triomphe » des deux hommes en 1792, au prix, pour eux, d’être déclarés traîtres et bannis à perpétuité par leur canton.