Tentative d'arrestation de Blanqui à l'initiative de Caussidière

Demeure de Louis-Auguste Blanqui

La rue Boucher depuis la rue Rivoli, Charles Marville, entre 1865 et 1868, Carnavalet

Tentative d'arrestation de Blanqui à l'initiative de Caussidière. L'inspecteur Bertoglio fait profil bas et machine arrière devant la garde du corps de l'Enfermé, qui pour cette fois ne le sera pas...

Caussidière envoie son homme au domicile de l'Enfermé. L'Enfermé, pour une fois, ne le sera pas.

Le 18 avril 1848, deux jours après la grande manifestation ouvrière du 16 avril qui a fait trembler le Gouvernement provisoire, un inspecteur de police nommé Bertoglio se présente au 1 rue Boucher, près du Châtelet, avec ordre d'arrêter Louis-Auguste Blanqui. L'ordre vient de Marc Caussidière, préfet de Police de Paris — lui-même ancien insurgé de 1834, barricadier de Lyon, nommé à la tête de la Préfecture par la révolution de Février dans l'un de ces retournements dont 1848 a le secret.

Le motif immédiat est politique. Depuis le 31 mars, le document Taschereau circule dans Paris. Publié dans la Revue rétrospective, il prétend prouver que Blanqui, arrêté après l'insurrection manquée du 12 mai 1839, aurait dénoncé ses compagnons à la police de Louis-Philippe. L'accusation est dévastatrice. Barbès, son ancien compagnon d'armes, rompt définitivement avec lui. Une partie de la gauche le tient pour un traître. Le Gouvernement provisoire saisit l'occasion : si Blanqui est discrédité, autant le mettre hors jeu.

Sauf que Blanqui n'est pas seul. Au 1 rue Boucher, l'inspecteur Bertoglio trouve devant la porte une garde du corps qui n'a rien d'hospitalier. Des blanquistes en armes, quelques ouvriers du faubourg, le regard peu engageant. Bertoglio évalue la situation, fait profil bas, et repart sans son prisonnier. « Machine arrière », dit pudiquement la chronique. Ce n'est pas que l'ordre manquait — c'est que le rapport de forces, dans cette rue étroite, ne plaidait pas pour l'audace.

Blanqui sera finalement arrêté le 26 mai, après les journées insurrectionnelles de juin qui achèveront de briser la révolution de 1848. Il sera condamné à dix ans de prison. Puis amnistié. Puis arrêté. Puis libéré. Puis arrêté encore. Trente-trois ans de détention au total — un record que la République se gardera de revendiquer.

La rue Boucher elle-même a disparu sous les travaux d'Haussmann. Il ne reste rien du 1 rue Boucher ni de la scène d'avril 1848 — sinon l'image d'un inspecteur prudent qui, face à l'Enfermé, a choisi de ne pas jouer au héros.

Bibliographie