En juillet 1839, alors que Paris bruisse déjà des annonces officielles autour du daguerréotype, Hippolyte Bayard organise dans une relative discrétion ce qui est aujourd’hui considéré comme la première exposition publique de photographies de l’histoire. Elle se tient au 16, rue des Jeûneurs, dans une salle utilisée par les commissaires-priseurs, à l’occasion d’une vente de bienfaisance destinée à venir en aide aux victimes du séisme de la Martinique.
Bayard y présente une trentaine d’images réalisées selon son propre procédé de positif direct sur papier, mis au point indépendamment de Daguerre et de Talbot. Les sujets sont modestes mais révélateurs : natures mortes, fragments d’architecture, vues urbaines. Rien de spectaculaire au sens académique, mais une démonstration claire et assumée des capacités expressives de ce nouveau médium. Pour la première fois, la photographie n’est pas montrée comme une curiosité scientifique, mais comme une image destinée à être vue, comparée, discutée par un public.
L’événement passe presque inaperçu à l’époque. Bayard, non soutenu par l’État, sera rapidement éclipsé par la reconnaissance officielle accordée à Daguerre. Pourtant, cette exposition de la rue des Jeûneurs marque un moment fondateur : la naissance de la photographie comme pratique publique et sociale, exposée au regard collectif, bien avant d’être consacrée par les musées.