Au bas de la rue Mouffetard, à l'endroit où la chaussée s'élargit légèrement avant de butter sur ce qui fut longtemps la limite du faubourg Saint-Marcel, l'église Saint-Médard dresse sa façade depuis le Moyen Âge. Longtemps chapelle dépendant de l'abbaye de Sainte-Geneviève, elle dessert une paroisse populaire, ouvrière, volontiers frondeuse — un tempérament que l'histoire va largement confirmer.
En 1561, sous le règne de François II, les tensions entre catholiques et protestants atteignent le parvis : des huguenots font irruption pendant la messe pour perturber l'office, en réponse à une provocation des fidèles catholiques. L'épisode préfigure les guerres de Religion qui vont ensanglanter le royaume. Mais c'est au siècle suivant que Saint-Médard entre dans la légende. François de Pâris, diacre janséniste mort en 1727, est inhumé dans le cimetière attenant. Sa tombe devient aussitôt le foyer d'un phénomène proprement stupéfiant : des centaines de fidèles s'y convulsent, crient, se roulent à terre, persuadés d'être guéris par miracle. Les « convulsionnaires de Saint-Médard » affolent Paris pendant cinq ans. En 1732, Louis XV et son lieutenant de police René Hérault font fermer le cimetière et disperser les attroupements — ce qui inspire l'écriteau apocryphe, mais irrésistible, placardé à l'entrée : « De par le roi, défense à Dieu de faire miracle en ce lieu. »
La Révolution remodèle à son tour l'édifice. Dès 1795, Saint-Médard est la première église parisienne rendue au clergé constitutionnel ; quelques semaines plus tard, un décret la rebaptise Temple du Travail, consécration symbolique pour ce quartier d'artisans et de tanneurs. Sous l'Occupation, l'église renoue avec la résistance : son curé participe activement au réseau de diffusion du journal clandestin Résistance, aux côtés d'une paroissienne connue sous le nom de Mme Maurice. En 1942, les nazis détruisent une statue représentant une femme et son enfant, installée dans l'église.
- Moyen Âge Chapelle puis église paroissiale Saint-Médard, dépendance de l'abbaye Sainte-Geneviève
- 1561 Scène d'affrontement religieux lors des tensions préfigurant les guerres de Religion
- 1727 — 1732 Haut lieu des convulsionnaires jansénistes, autour de la tombe de François de Pâris
- 1795 — vers 1801 Temple du Travail (culte constitutionnel puis décret de prairial an III)
- XIXe siècle — aujourd'hui Église catholique Saint-Médard, paroisse active du 5e arrondissement
L'église Saint-Médard est toujours en activité au 141 rue Mouffetard. Sa façade gothique flamboyant et sa nef remaniée aux XVIe-XVIIIe siècles méritent la visite. Le petit square qui occupe l'emplacement de l'ancien cimetière des convulsionnaires est un coin de verdure tranquille, discret témoin d'une des pages les plus extravagantes de l'histoire religieuse parisienne.