Au cœur du quartier Latin, à deux pas du Val-de-Grâce, le couvent des Feuillantines est l'une de ces grandes maisons religieuses que la Révolution disperse sans vraiment détruire. Fondé en 1622 par les moniales cisterciennes dites Feuillantines, il donne son nom à la rue et à tout un pan de mémoire littéraire et scientifique. En 1790, sa chapelle sert de siège à la Section de l'Observatoire, animée par des citoyens comme Lecomte, Pain et Petit — scène banale et fondatrice d'une Paris qui s'invente.
Mais c'est sous le Consulat et l'Empire que le lieu prend une épaisseur romanesque extraordinaire. La mère de Victor Hugo s'installe dans une dépendance du couvent, et c'est là que le futur poète passe une enfance buissonnière entre 1808 et 1813 — il en gardera toute sa vie un souvenir enchanté, celui d'un jardin immense et sauvage. Ces mêmes murs cachent simultanément un secret d'État : le général Lahorie, compromis dans le complot ourdi par Cadoudal, Pichegru et Moreau contre Bonaparte, se terre dix-huit mois dans le couvent grâce à la complicité de Sophie Hugo.
La suite est à l'avenant. Lamennais y séjourne en 1815, le jeune Louis Pasteur y suit les cours de l'Institution Barbet entre 1838 et 1843, George Sand y habite en 1866, et en 1870 la cantatrice Mlle Agar transforme sa demeure aux Feuillantines en ambulance de guerre. Peu d'adresses parisiennes ont brassé autant de destins.
- 1622 Couvent des moniales Feuillantines, ordre cistercien
- 1790 Chapelle du couvent affectée au siège de la Section de l'Observatoire
- 1803 — 1813 Dépendances du couvent : refuge du général Lahorie puis résidence d'enfance de Victor Hugo
- 1838 — 1843 Institution Barbet (établissement d'enseignement secondaire)
- 1866 Demeure de George Sand
- 1870 Ambulance de guerre organisée par Mlle Agar dans sa demeure aux Feuillantines
Le couvent lui-même a disparu ; seule la rue des Feuillantines en perpétue le souvenir. Des vestiges gallo-romains ont été signalés au n° 12 lors de travaux. Le quartier, densément bâti, ne conserve aucune trace architecturale visible du couvent, mais l'enfance de Victor Hugo y reste associée grâce à ses propres évocations dans Les Contemplations.