Elle surgit au bout du boulevard comme un colosse de pierre blanche, haute de vingt-quatre mètres, massive et lumineuse à la fois. La Porte Saint-Denis n'est pas une porte au sens propre — aucune vantail, aucun verrou — mais un arc de triomphe pur, érigé entre 1672 et 1674 sur le tracé de l'ancien rempart de Charles V, là où s'ouvrait jadis une vraie porte fortifiée. Louis XIV l'a commandée pour célébrer ses propres victoires : la prise de Maastricht et le passage du Rhin, exploits que les bas-reliefs sculptés par Michel et François Augier racontent avec une emphase toute solaire. Jean-Baptiste Colbert supervise la commande, François Blondel — alors directeur de l'Académie royale d'architecture — signe les plans. L'inscription gravée dans la pierre ne mâche pas ses mots : Ludovico Magno, à Louis le Grand.
Passé ce monument à la gloire absolutiste, l'histoire s'emballe. En 1815, Louis XVIII franchit l'arc au retour de son second exil, venant d'Arnouville : la monarchie rentre par où elle était partie. Mais c'est le peuple qui s'en empare vraiment. En juillet 1830, de violents combats font rage sous et autour de l'arc pendant les Trois Glorieuses. En 1834, des barricades s'y dressent en solidarité avec l'insurrection lyonnaise. En juin 1848, le quartier s'embrase dès la fin de matinée : les ouvriers des ateliers nationaux commencent ici l'une des journées les plus sanglantes du siècle, et c'est précisément à la Porte Saint-Denis qu'Émile de Girardin, le puissant patron de presse, est arrêté — signe que la répression vise large. En 1851, des républicains y élèvent encore une barricade contre le coup d'État de Louis-Napoléon. Ce monument royal est, décidément, une barricade naturelle.
- avant 1672 Ancienne porte fortifiée de l'enceinte de Charles V, dite « Porte Saint-Denis »
- 1672 — 1674 Construction de la « Nouvelle Porte Saint-Denis », arc de triomphe à la gloire de Louis XIV
- XIXe siècle Haut lieu de barricades et de combats insurrectionnels (1830, 1834, 1848, 1851)
- Depuis 1862 Monument classé, dit « Porte Saint-Denis »
L'arc de triomphe se dresse toujours au croisement du boulevard Saint-Denis et de la rue Saint-Denis, classé monument historique depuis 1862. On peut en faire le tour librement, lire les bas-reliefs et l'inscription latine. Le quartier, vivant et cosmopolite, contraste avec la solennité de pierre blanche du monument.