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Au 4 de la rue des Saules, sur le flanc nord de la Butte, une petite bicoque rose coiffée d'un jardinet semble avoir traversé le temps sans vieillir. C'est le Lapin Agile — et son histoire commence par un jeu de mots. En 1880, le caricaturiste André Gill, communard rescapé, peint l'enseigne : un lapin bondissant hors d'une casserole. Les Montmartrois l'appellent d'abord « le lapin à Gill », puis la formule se contracte, glisse, et donne « le Lapin Agile ». Le nom est trouvé, et il tiendra.

Entre 1886 et 1903, une certaine Adèle Decerf y tient table ouverte sous l'enseigne « Ma Campagne ». Paul Verlaine, Alphonse Allais, Georges Courteline et même Georges Clemenceau poussent la porte. Puis arrive Frédéric Gérard — dit Frédé —, guitariste, brocanteur, homme à l'âne et au chapeau mou, qui rachète le cabaret en 1903 et en fait le salon bohème le plus vivant de Montmartre. Renoir, Toulouse-Lautrec, Picasso, Utrillo : tous y traînent leurs pinceaux et leurs dettes. C'est Frédé qui héberge l'âne Lolo, dont la queue, en 1910, sert de pinceau à Roland Dorgelès pour un canular retentissant : la toile ainsi produite, exposée sous le nom de « Boronali » (anagramme d'Aliboron), est prise au sérieux par la critique. Les journaux s'emballent. Montmartre jubile.

Le cabaret frôle aussi le roman et la politique : Pierre Mac Orlan épouse en 1913 la fille de la patronne, et le lieu hantera son Quai des Brumes. En 1920, le caricaturiste Francisque Poulbot et le fantaisiste Jules Dépaquit y proclament la Commune Libre de Montmartre, avec programme « antigrattecieliste » — boutade sérieuse contre la modernisation brutale de la Butte. Victor Serge, alors dans son moment anarchiste, compte parmi les habitués de ces soirs où la chanson côtoie le manifeste.

Noms successifs du lieu
  • avant 1880 Cabaret des Assassins (surnom populaire, origine incertaine)
  • 1880 « À Gill » — enseigne peinte par André Gill, lapin bondissant hors d'une casserole ; le lieu-dit devient « le lapin à Gill »
  • 1886 — 1903 Ma Campagne — restaurant-concert tenu par Adèle Decerf
  • 1903 Le Rendez-vous des Voleurs — nom affiché à l'arrivée de Frédéric Gérard (dit Frédé)
  • depuis c. 1880 (usage courant) Le Lapin Agile — contraction populaire de « lapin à Gill », nom définitivement adopté
Toponymie — rue des Saules
1867
rue de la Saussaye
Dénomination antérieure
Aujourd'hui
Rue des Saules
Dénomination actuelle
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Événements à cette adresse
7 événements · 1880 — 1920
Cabaret "le Rendez-vous des Voleurs"/Cabaret des Assassins/Cabaret du Lapin Agile
Proclamation de l'indépendance de la Commune Libre de Montmartre, porteuse d'une liste "antigrattecieliste" lors des élections
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4 rue des Saules — 18e arr.
Cabaret Le Lapin Agile
Pierre Mac Orlan épouse la fille de Berthe, patronne du Lapin Agile, décor du roman "Quai des Brumes" écrit en 1927
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Personnage(s) : Pierre Mac Orlan ·Marguerite Luc
4 rue des Saules — 18e arr.
Cabaret Le Lapin Agile (tenu par Frédé puis par Paulo)
Canular de Roland Dorgelès, qui fait peindre une toile "excessiviste", signée Boronali, anagramme d'Aliboron, par l'âne Lolo avec sa queue ; les critiques d'art vont s'entre-déchirer...
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4 rue des Saules — 18e arr.
Cabaret "le Rendez-vous des Voleurs"/Cabaret des Assassins/Cabaret du Lapin Agile
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4 rue des Saules — 18e arr.
4 rue des Saules — 18e arr.
4 rue des Saules — 18e arr.
4 rue des Saules — 18e arr.
Aujourd'hui

Le Lapin Agile fonctionne toujours comme cabaret au 4 rue des Saules, dans la même maisonnette rose à volets verts. Des chansons françaises traditionnelles et des textes y sont représentés presque chaque soir. L'atmosphère de guinguette survivante, les murs couverts de toiles et la vigne grimpante sur la façade en font l'un des rares lieux de la Butte à n'avoir pas capitulé devant le tourisme de masse.

N° suivant · rue des Saules 10–12 rue des Saules