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76
Rue de Provence
Adresse

76 rue de Provence

📍 76 rue de Provence, 75009 Paris 📋 1 événement répertorié 📅 2005

Toponymie — rue de Provence

rue de Provence
Ainsi appelée en l'honneur du comte de Provence, devenu roi sous le nom de Louis XVIII.
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Événements à cette adresse

1 événement · 2005
Le 76 rue de Provence est une façade étroite derrière les Galeries Lafayette, avec une bijouterie, un fleuriste et un restaurant chinois au rez-de-chaussée. Au-dessus, l'hôtel Paris-Opéra : trente-deux chambres sur cinq…

Le 76 rue de Provence est une façade étroite derrière les Galeries Lafayette, avec une bijouterie, un fleuriste et un restaurant chinois au rez-de-chaussée. Au-dessus, l'hôtel Paris-Opéra : trente-deux chambres sur cinq étages, une entrée de 1,30 mètre, un escalier de moins d'un mètre de large. Depuis des années, l'hôtel ne reçoit plus guère de voyageurs. Il loge des familles sans logement, que le Samu social de Paris y place faute de mieux, à 16,50 euros la nuit et par personne, et que les services de l'aide sociale à l'enfance y laissent des mois durant. Des familles africaines pour la plupart, sénégalaises, ivoiriennes, mais aussi portugaises, ukrainiennes, tunisiennes. La préfecture autorise soixante et une personnes dans l'immeuble ; la nuit du 14 au 15 avril 2005, il y en a près de quatre-vingts.

Le feu prend vers 2 h 10 au premier étage, dans la chambre du veilleur de nuit. Sa compagne, dans une dispute, jette des vêtements qui tombent sur des bougies allumées. Les flammes montent par la cage d'escalier et la gaine de l'ascenseur. À 2 h 20, ce sont les pompiers de garde des Galeries Lafayette, de l'autre côté de la rue, qui donnent l'alerte. Des habitants sautent par les fenêtres ; onze en meurent. L'incendie est maîtrisé à 3 h 50. Le bilan monte de seize morts au petit matin à vingt le soir, puis à vingt-quatre : onze enfants, neuf femmes, quatre hommes. Cinquante-six blessés. C'est l'incendie le plus meurtrier à Paris depuis trente-deux ans.

Trois semaines plus tôt, le 24 mars, un contrôleur de la préfecture de police a visité l'hôtel. Il a noté les multiprises, les « douilles volantes » et les « fils volants » à supprimer, la chaufferie à gaz à terminer, les plans d'évacuation à afficher dans les chambres. Et il a conclu que rien de cela « ne faisait obstacle à la poursuite de l'exploitation de l'hôtel ». Les familles sinistrées sont transférées dans un hôtel du 15e arrondissement. Le 18 avril, plus d'un millier de personnes veillent rue de Provence.

Le gouvernement promet. Dominique de Villepin annonce un durcissement des règles contre l'incendie, Nicolas Sarkozy un recensement des immeubles vétustes ou surpeuplés, Jean-Louis Borloo des « hôtels sociaux » et 560 millions d'euros pour la Ville de Paris. Bertrand Delanoë demande une conférence nationale sur le logement des plus pauvres, qui n'aura pas lieu. L'été montre ce que valent ces promesses : dans la nuit du 25 au 26 août, dix-sept personnes, dont quatorze enfants, meurent boulevard Vincent-Auriol dans un immeuble d'un bailleur associatif ; le 30 août, sept autres rue du Roi-Doré, dans un immeuble déclaré insalubre. Quarante-huit morts en quatre mois, presque tous des familles immigrées que Paris logeait dans ce qu'il avait de pire. Un arrêté du 24 juillet 2006 impose enfin aux petits hôtels un registre de sécurité, des portes coupe-feu et une formation du personnel.

La justice met huit ans. Le procès s'ouvre le 14 novembre 2013 devant le tribunal correctionnel, avec cent dix parties civiles. La compagne du veilleur est condamnée en janvier 2014 à trois ans de prison, le veilleur à deux ans, le gérant, son père, à trois ans dont un avec sursis ; la cour d'appel confirme pour l'essentiel en janvier 2016. Ni la préfecture, ni le Samu social, ni les services sociaux ne sont poursuivis. En 2016, les familles n'ont toujours pas été indemnisées.

Chaque 15 avril, les survivants et les associations se retrouvent devant le 76. Le 15 avril 2006, plusieurs centaines de personnes, beaucoup d'enfants, marchent en silence de la mairie du 9e arrondissement jusqu'à la rue de Provence. Une plaque aux noms des vingt-quatre victimes est posée dans le square d'Estienne-d'Orves, devant l'église de la Trinité. L'immeuble, lui, a obtenu en 2013 un permis pour devenir des appartements.

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76 rue de Provence — 9e arr.
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