Au 78 de la rue Saint-Martin, coincée entre les flux du quartier Beaubourg et la rumeur du marché, l'église Saint-Merri dresse depuis des siècles sa façade gothique flamboyante. Son histoire commence bien avant ses pierres : le sous-sol garde la mémoire d'une nécropole gallo-romaine du IIIe siècle, preuve que ce coin de rive droite était déjà densément peuplé sous la Rome des Gaules.
L'édifice tel qu'on le voit fut reconstruit à partir du XVIe siècle dans un gothique tardif et sophistiqué. À la pointe ogivale de son portail, une statue androgyne intrigue les visiteurs depuis la Renaissance — certains y voient une représentation du Baphomet, d'autres un simple caprice de sculpteur. Dans son clocher sommeille la plus vieille cloche de Paris, fondue en 1331 par Jean de Dinant et baptisée « Merri ».
La Révolution bouscule tout : l'église devient siège de la Section de Beaubourg puis de la Section de la Réunion, avant d'être consacrée « Temple du Commerce » par décret du 2 prairial an III (21 mai 1795), puis reconvertie en temple théophilanthropique en 1797. En juin 1839, la rue Saint-Martin toute proche se couvre de barricades : c'est l'insurrection de la Société des Saisons, menée par Blanqui et Barbès — la barricade dite « de Saint-Merry » est l'une des plus acharnées de la journée. En 1892, l'église redevient terrain de bataille, cette fois verbale et physique : une manifestation anticléricale tourne à la bagarre autour du prédicateur Lemoigne, faisant plusieurs blessés.
- 290 Nécropole gallo-romaine sur l'emplacement futur
- Moyen Âge Église paroissiale dédiée à saint Merry (ou Medéric)
- 1790 Siège de la Section révolutionnaire de Beaubourg, puis de la Réunion
- 1795 — 1801 Temple du Commerce, puis temple théophilanthropique
- XIXe siècle — aujourd'hui Église catholique Saint-Merri, paroisse active
L'église Saint-Merri est toujours en activité, paroisse vivante connue pour son ouverture artistique et ses concerts de musique contemporaine. La cloche « Merri » de 1331 trône toujours dans son clocher. La façade gothique flamboyante et la statue androgyne du portail restent des curiosités que les visiteurs de Beaubourg ne manquent guère.