8 boulevard de Strasbourg
Toponymie — boulevard de Strasbourg
Événements à cette adresse
3 événements · 1900 — 1919Trois partis qui se détestent entrent dans une salle du boulevard de Strasbourg. Un seul en ressort — pour quinze ans.
Le 23 avril 1905, environ trois cents délégués s'installent dans la salle du Globe, au 8 boulevard de Strasbourg, pour fonder ce que la France attend depuis vingt ans : un parti socialiste unifié. Ils viennent de trois organisations rivales qui se sont combattues avec une férocité dont seule la gauche a le secret. Le Parti socialiste de France de Jules Guesde, marxiste orthodoxe, partisan de la lutte de classes sans compromis. Le Parti socialiste français de Jean Jaurès, tribun, humaniste, ouvert à l'alliance républicaine. Et le Parti ouvrier socialiste révolutionnaire de Jean Allemane, ouvriériste, méfiant envers les intellectuels et les parlementaires.
L'ordre d'Amsterdam L'unification ne vient pas de Paris — elle vient d'en haut. Au congrès d'Amsterdam de l'Internationale ouvrière, en août 1904, les socialistes du monde entier ont mis les Français au pied du mur. La motion dite « de Dresde-Amsterdam », portée par Bebel et soutenue par Guesde, condamne le « révisionnisme » et le « ministérialisme » — comprendre : l'entrée de Millerand dans un gouvernement bourgeois en 1899, que Jaurès avait défendue. L'Internationale exige l'unité des socialistes français dans un parti de classe, et Jaurès s'incline.
Le congrès de Rouen, en mars 1905, règle les questions préparatoires. Le Globe, un mois plus tard, scelle la fusion. La Section française de l'Internationale ouvrière — SFIO — naît le 25 avril, avec ses 35 000 adhérents, ses fédérations départementales, son journal (L'Humanité, fondé par Jaurès un an plus tôt), et une doctrine de compromis : révolutionnaire dans les textes, parlementaire dans la pratique.
L'unité fragile La salle du Globe résonne de vivats — « Vive l'unité socialiste ! » — mais les fractures n'ont pas disparu. Guesde et Jaurès ne sont d'accord sur presque rien : ni sur la guerre, ni sur la colonisation, ni sur la participation gouvernementale, ni sur le rapport à la République bourgeoise. L'unité tient parce que l'Internationale l'impose et que personne n'ose la briser.
Elle tiendra quinze ans. En décembre 1920, au congrès de Tours, la majorité du parti votera l'adhésion à la IIIe Internationale de Lénine et fondera le Parti communiste. La minorité gardera le sigle SFIO et le nom de Jaurès — tué entre-temps, le 31 juillet 1914, au café du Croissant, à quelques rues d'ici.
Boulevard de Strasbourg, la salle du Globe a disparu. Le socialisme unifié aussi.
En juillet 1900, quelques centaines d'ateliers français n'appartenaient ni à un patron ni à un actionnaire.
Le 8 juillet 1900, la salle du Globe, au 8 du boulevard de Strasbourg dans le 10e arrondissement, ouvre ses portes au congrès des associations ouvrières de production de France adhérentes à la Chambre consultative. Trois jours de débats — les 8, 9 et 10 juillet. Dehors, l'Exposition universelle bat son plein : le Grand Palais vient d'ouvrir, le Pont Alexandre III aussi. Paris célèbre la puissance industrielle du siècle nouveau. Boulevard de Strasbourg, on discute de la manière dont les ouvriers peuvent produire sans patron.
L'idée n'est pas nouvelle. Depuis les projets de Louis Blanc en 1848, depuis les ateliers nationaux liquidés par la bourgeoisie en juin de cette même année, une tradition dans le mouvement ouvrier cherche à contourner le capital en organisant la production directement entre travailleurs. Une association ouvrière de production — ce qu'on appellera plus tard une coopérative — est une entreprise dont les salariés sont propriétaires : ils partagent les bénéfices, votent les décisions, élisent leur direction. En 1884, ces associations se fédèrent autour de la Chambre consultative. En 1900, la France en compte près de deux cent cinquante.
Le congrès de juillet arrive à un moment de divergence dans le mouvement ouvrier français. La CGT, fondée en 1895, a choisi la voie du syndicat et de l'action directe — grèves, boycott, rapport de force avec le patronat. Les coopérateurs pensent que la transformation sociale peut passer par l'économie plutôt que par le conflit. Ce n'est pas une position sans répondant théorique : Marx lui-même, dans l'Adresse inaugurale de l'Internationale en 1864, reconnaissait les coopératives de production comme « une victoire de l'économie politique du travail sur l'économie politique du capital » — tout en soulignant qu'elles ne pouvaient suffire à transformer le système seules.
Un an après le congrès, la loi de 1901 sur les associations donne enfin un cadre légal stable à ces organisations. La Chambre consultative des associations ouvrières de production deviendra en 1937 la Confédération générale des SCOP — les Sociétés coopératives et participatives, qui existent toujours.
En juillet 1900, boulevard de Strasbourg, les délégués débattaient pendant trois jours pendant que l'Exposition universelle montrait, à quelques kilomètres de là, le triomphe du capitalisme industriel. Les deux événements se tenaient dans la même ville, dans la même semaine, sans se regarder.