🗺 Lieux & Arrondissements 🎭 Thèmes ⏳ Époques 👤 Personnages 📅 Événements 🚶 Balades 🧭 Explorer 📚 Bibliographie À propos
8 juillet 1900
Événement

Premier congrès de la Chambre consultative des Associations ouvrières de production

Salle du Globe (chez Favre)

En juillet 1900, quelques centaines d'ateliers français n'appartenaient ni à un patron ni à un actionnaire.

Le 8 juillet 1900, la salle du Globe, au 8 du boulevard de Strasbourg dans le 10e arrondissement, ouvre ses portes au congrès des associations ouvrières de production de France adhérentes à la Chambre consultative. Trois jours de débats — les 8, 9 et 10 juillet. Dehors, l'Exposition universelle bat son plein : le Grand Palais vient d'ouvrir, le Pont Alexandre III aussi. Paris célèbre la puissance industrielle du siècle nouveau. Boulevard de Strasbourg, on discute de la manière dont les ouvriers peuvent produire sans patron.

L'idée n'est pas nouvelle. Depuis les projets de Louis Blanc en 1848, depuis les ateliers nationaux liquidés par la bourgeoisie en juin de cette même année, une tradition dans le mouvement ouvrier cherche à contourner le capital en organisant la production directement entre travailleurs. Une association ouvrière de production — ce qu'on appellera plus tard une coopérative — est une entreprise dont les salariés sont propriétaires : ils partagent les bénéfices, votent les décisions, élisent leur direction. En 1884, ces associations se fédèrent autour de la Chambre consultative. En 1900, la France en compte près de deux cent cinquante.

Le congrès de juillet arrive à un moment de divergence dans le mouvement ouvrier français. La CGT, fondée en 1895, a choisi la voie du syndicat et de l'action directe — grèves, boycott, rapport de force avec le patronat. Les coopérateurs pensent que la transformation sociale peut passer par l'économie plutôt que par le conflit. Ce n'est pas une position sans répondant théorique : Marx lui-même, dans l'Adresse inaugurale de l'Internationale en 1864, reconnaissait les coopératives de production comme « une victoire de l'économie politique du travail sur l'économie politique du capital » — tout en soulignant qu'elles ne pouvaient suffire à transformer le système seules.

Un an après le congrès, la loi de 1901 sur les associations donne enfin un cadre légal stable à ces organisations. La Chambre consultative des associations ouvrières de production deviendra en 1937 la Confédération générale des SCOP — les Sociétés coopératives et participatives, qui existent toujours.

En juillet 1900, boulevard de Strasbourg, les délégués débattaient pendant trois jours pendant que l'Exposition universelle montrait, à quelques kilomètres de là, le triomphe du capitalisme industriel. Les deux événements se tenaient dans la même ville, dans la même semaine, sans se regarder.