Alfred Dreyfus reçoit la Légion d'honneur dans la cour de l'École militaire où il avait été dégradé onze ans plus tôt

Cour de l'École militaire/Affaire Dreyfus

Alfred Dreyfus (1859-1935).

Le même endroit, onze ans après. Cette fois, on lui épinglait quelque chose sur la poitrine au lieu de lui arracher les galons.

Le 5 janvier 1895, dans la cour de l'École militaire, Dreyfus avait été dégradé publiquement : un sous-officier lui avait arraché ses épaulettes, brisé son sabre, décousus les boutons de son uniforme, pendant qu'une foule hurlait « Mort au traître ». Condamné pour avoir livré des documents à l'Allemagne, il était innocent. Il fut déporté à l'île du Diable en Guyane.

L'affaire dura douze ans et déchira la France. Zola publia son « J'accuse » le 13 janvier 1898. Les preuves du complot et des faux documents s'accumulèrent. Dreyfus fut rejugé à Rennes en 1899, reconnu coupable une deuxième fois — avec circonstances atténuantes —, puis gracié en octobre de la même année. Le 12 juillet 1906, la Cour de cassation annula le jugement de Rennes sans renvoi, déclarant Dreyfus innocent. Le 13 juillet, une loi le réintégra dans l'armée.

Le 21 juillet 1906, place de Fontenoy, dans la cour de l'École militaire, on lui remit la croix de chevalier de la Légion d'honneur. Il avait quarante-six ans. Il fit le tour de la cour au pas, les yeux secs.

Il participa à la Grande Guerre, atteignit le grade de lieutenant-colonel. Il mourut à Paris en juillet 1935. La France l'avait jugé deux fois coupable avant de reconnaître qu'il était deux fois innocent.

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