Arrestation d'Ydel Barszczewski, dirigeant de la Section juive des FTP-MOI, rue Vitruve

Lieu de l'arrestation d'Ydel Barszczewski

L'Affiche rouge, 13 février 1944.

Quand Barszczewski arrive rue Vitruve ce 29 juin, quelqu'un l'attend déjà.

La Section juive de la MOI n'est pas un groupuscule. Dans le Paris occupé de 1943, elle est l'une des composantes les plus actives des Francs-tireurs et partisans — Main-d'œuvre immigrée, le bras armé clandestin du Parti communiste parmi les travailleurs étrangers. Ses membres sont en grande majorité des Juifs d'Europe centrale et orientale — Polonais, Roumains, Hongrois — installés dans les faubourgs de l'Est parisien depuis les années vingt et trente. Beaucoup ont déjà perdu leur famille dans les rafles. Ils se battent sans papiers, sans pays, sans filet.

Ydel Barszczewski est l'un de leurs dirigeants. Adjoint d'Adam Rayski à la tête de la Section juive, il opère sous les pseudonymes « Korman » et « Orléans ». Les Brigades Spéciales — la police française spécialisée dans la traque des communistes et de la résistance — le suivent depuis plusieurs semaines. En mai 1943, l'une de ses planques a été repérée square du Tarn. Le 27 mai, ses inspecteurs du BS2 ont filé une réunion de direction rue Guyot, à laquelle participait Barszczewski avec Rayski et plusieurs cadres de la section.

Le 29 juin, rue Vitruve, dans le 20e arrondissement — un quartier ouvrier dense à l'est de Charonne — Barszczewski a rendez-vous avec Sarah Rosenblum, son agente de liaison. Les agents de liaison sont le système nerveux de la résistance clandestine : ils font circuler les ordres et les informations entre des cellules qui ne se connaissent pas, portant sur elles seules le risque de la connexion. Ce jour-là, les Brigades Spéciales sont là avant eux.

Barszczewski est arrêté sur place. Sarah Rosenblum également.

L'arrestation s'inscrit dans la grande offensive de répression qui décime la Section juive entre février et juillet 1943 : 103 militants repérés, 77 arrêtés. Les combattants du 2e détachement sont remis à la Geheime Feldpolizei allemande ; les autres sont déportés. La section ne s'en remettra pas sous cette forme.

Cinq mois plus tard, en novembre 1943, ce sont les groupes armés des FTP-MOI que les Brigades Spéciales démantèlent à leur tour — Manouchian, Boczov, Rayman et leurs camarades. En février 1944, vingt-deux d'entre eux sont fusillés au Mont-Valérien. L'Affiche Rouge que le régime de Vichy colle sur les murs de Paris pour les présenter comme des « terroristes étrangers » fera d'eux des symboles.