Attentat à la voiture piégée rue Marbeuf ; 1 mort, 66 blessés ; Carlos, accusé d'être l'auteur, rejette la responsabilité sur l'État Syrien

Siège du journal "Al Watan Al Arabi" (La Nation Arabe)

Journal du FR3: L'attentat de la Rue Marbeuf, INA

Une Opel orange garée devant un journal libanais. Un minuteur. Une femme de trente ans qui passait par là.

Le 22 avril 1982, à 9h01, une voiture piégée explose devant le 33 rue Marbeuf, à quelques mètres des Champs-Élysées. L'Opel Kadett, immatriculée en Autriche, était stationnée au pied de l'immeuble qui abrite au troisième étage la rédaction d'Al Watan Al Arabi — « La Patrie arabe » —, un hebdomadaire libanais connu pour ses positions pro-irakiennes en pleine guerre Iran-Irak. La déflagration tue une passante, Nelly Guillerme, trente ans, enceinte, et blesse soixante-trois personnes. Les vitrines du quartier volent en éclats sur toute la longueur de la rue.

Le journal dans la ligne de mire
Al Watan Al Arabi n'en est pas à sa première alerte. Le journal, dirigé par Walid Abou Zahr, publie des informations gênantes pour Damas : le régime de Hafez el-Assad, allié de l'Iran, voit d'un très mauvais œil cette tribune pro-irakienne installée en plein Paris. Des lettres piégées ont déjà été envoyées à la rédaction. Le personnel vit sous la menace.

Le ministre de l'Intérieur Gaston Defferre réagit vite : un attaché de l'ambassade de Syrie est déclaré persona non grata et expulsé de France. La piste syrienne est la première retenue par les enquêteurs.

Carlos, Kopp et Bréguet
Mais l'attentat a une autre dimension. Le jour même de l'explosion, le tribunal correctionnel de Paris juge Bruno Bréguet et Magdalena Kopp, deux membres du réseau d'Ilich Ramírez Sánchez — Carlos. Arrêtés en février 1982 à Paris avec des explosifs dans le coffre de leur voiture, ils sont les compagnons les plus proches du « Chacal ». Kopp est sa compagne.

Pour l'accusation, reconstituée lors du procès de 2011, la série d'attentats qui frappe la France entre avril 1982 et décembre 1983 — rue Marbeuf, TGV Marseille, gare Saint-Charles, Maison de France à Berlin — est un chantage : Carlos fait pression sur Paris pour obtenir la libération de Kopp et Bréguet. Le directeur d'Al Watan Al Arabi résume la situation d'une formule : « Toute menace venant de Carlos est une menace syrienne. Les deux sont les deux faces d'une même pièce. »

Carlos, jugé en 2011 puis en appel, nie toute implication dans l'attentat de la rue Marbeuf. Il rejette la responsabilité sur les services syriens, agissant de leur propre chef contre un journal hostile. Le tribunal le condamne néanmoins à la réclusion à perpétuité pour l'ensemble des quatre attentats.

Rue Marbeuf, rien ne signale plus l'explosion. Le 8e arrondissement a refermé ses façades.

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Bibliographie