Blanqui lance le journal et le club de "La Patrie en danger", organe du Club de la Patrie en danger de la rue d'Arras

Imprimerie du journal "La Patrie en danger" (blanquiste)

Louis Auguste Blanqui photographié par Ernest Charles Appert.

Un journal est parfois la dernière arme disponible.

Sedan est tombée le 2 septembre. Napoléon III s'est rendu avec cent mille hommes. Le 4 septembre, la République est proclamée à l'Hôtel de Ville, et Auguste Blanqui, libéré après des années de détention, entre pour la première fois depuis longtemps dans Paris en homme libre. Il a soixante-cinq ans; il en a passé plus de trente en prison. Il sait que le temps presse.

Le gouvernement de la Défense nationale, formé dans la précipitation, est composé de républicains modérés que Blanqui juge incapables de défendre la patrie: Jules Favre, Jules Ferry, Gambetta, des avocats et des journalistes, des hommes de discours. Blanqui, lui, veut l'armement du peuple, la levée en masse, la guerre révolutionnaire, ce que la Convention avait fait en 1793 face à la coalition des rois. Le 6 septembre, il rencontre Jules Vallès pour la première fois; ils partagent le même diagnostic sur la trahison du gouvernement.

Le 7 septembre, il agit. Depuis l'imprimerie de la rue du Croissant, dans le 2e arrondissement, au coeur du quartier de la presse parisienne, il lance "La Patrie en danger", journal quotidien dont il est le rédacteur en chef et la voix principale. Les premiers numéros sont distribués provisoirement depuis le 34 rue des Écoles. Simultanément, il ouvre le Club de la Patrie en danger, rue d'Arras, tribune populaire où les habitants débattent de la résistance. Le journal et le club fonctionnent de concert: l'un analyse, l'autre mobilise.

Le premier numéro pose le problème sans détour. "La guerre a changé de caractère. Ce n'est plus la guerre du gouvernement, c'est la guerre du peuple." La formule est exacte et prophétique: c'est précisément la Commune qui tentera, cinq mois plus tard, de réaliser ce programme.

"La Patrie en danger" paraît jusqu'au 8 février 1871, quatre-vingt-douze numéros en tout, sans interruption durant tout le siège. Blanqui est arrêté le 17 mars 1871 par les gendarmes de Versailles, la veille même du soulèvement de la Commune, alors qu'il tente d'organiser la résistance en province. Les communards l'éliront à l'unanimité à leur assemblée sans qu'il puisse jamais siéger. La France le gardera en prison jusqu'en 1879. Il avait soixante-quinze ans à sa libération.

Bibliographie