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Au cœur du quartier des Halles, face au jardin qu'on appelait encore l'enclos Saint-Jean, s'élève depuis 1767 un édifice circulaire dont la silhouette n'a cessé d'intriguer les Parisiens : la Halle aux Blés, œuvre de l'architecte Nicolas Le Camus de Mézières. Commandée sous l'impulsion de l'intendant Jacques Turgot, elle est conçue pour centraliser le commerce des grains dans la capitale — ambition qui sera mise à rude épreuve dès 1775, lorsque éclate la « guerre des farines ». La libéralisation du commerce des grains voulue par Turgot, alors contrôleur général des finances, provoque une vague d'émeutes frumentaires que le lieutenant de police Jean Charles Pierre Lenoir et le maréchal Louis Antoine de Gontaut-Biron répriment avec fermeté, jusque dans les ruelles adjacentes à la halle.

L'édifice brûle en 1802, mais sa carcasse survit. Les architectes Guillaume Legrand et Jacques Molinos, s'inspirant des techniques de charpente en bois développées par Philibert de l'Orme au XVIe siècle et mises en œuvre avec l'aide du menuisier-encyclopédiste André Jacob Roubo, lui donnent alors sa fameuse coupole — la plus vaste de Paris à l'époque. Un exploit structural admiré des ingénieurs et des voyageurs de toute l'Europe.

En 1889, la rotonde devient officiellement Bourse du Commerce. Sa coupole est ornée d'une vaste fresque allégorique sur l'histoire du commerce universel, réalisée par Évariste-Vital Luminais, Désiré François Laugée et Victor Georges Clairin sur un programme élaboré par l'écrivain Hippolyte Lucas : une célébration en images du commerce français triomphant, teintée de l'idéologie impériale de la Troisième République finissante.

Noms successifs du lieu

  • 1767 Halle aux Blés : édifice circulaire construit par Le Camus de Mézières pour le commerce des grains
  • 1783 Coiffée de sa grande coupole construite par Legrand et Molinos selon la technique de Philibert de l'Orme
  • 1802 Incendie et reconstruction de la coupole
  • 1889 Bourse du Commerce : reconvertie en bourse des marchandises, coupole ornée de fresques allégoriques
  • 2021 Bourse de Commerce — Pinault Collection : musée d'art contemporain

Événements à cette adresse

5 événements · 1767 — 2021
Bourse de commerce — Pinault Collection
Le 22 mai 2021, la Bourse de commerce rouvre en musée d'art contemporain : celui de la collection de François Pinault, l'une des premières fortunes du monde. La Ville de Paris, qui avait cédé le bâtiment pour un franc…

Le 22 mai 2021, la Bourse de commerce rouvre en musée d'art contemporain : celui de la collection de François Pinault, l'une des premières fortunes du monde. La Ville de Paris, qui avait cédé le bâtiment pour un franc symbolique en 1949, l'a racheté 86 millions d'euros pour le lui louer cinquante ans.

Sous sa coupole, l'ancienne halle au blé, devenue Bourse de commerce en 1889, a vu se négocier à la criée les blés, les farines, les sucres, puis le cacao et le café, jusqu'en 1998. Sa fresque de 1889, longue de 140 mètres, célèbre le commerce entre les cinq parties du monde, au temps où l'industrialisation de la France se fonde en partie, rappelle le critique Philippe Dagen, « sur la colonisation en Afrique et en Indochine ». En 1974, un entrepreneur breton y place 300 000 francs sur le sucre ; avec l'envolée des cours, il empoche une plus-value de 100 millions de francs. Il s'appelle François Pinault.

L'homme d'affaires a bâti depuis Kering (Gucci, Saint Laurent, Balenciaga) et la holding Artémis (Christie's, Le Point, le château Latour). Après avoir renoncé à son musée de l'île Seguin, il expose à Venise, au palais Grassi et à la Punta della Dogana, tous deux réaménagés par Tadao Andō. Sa collection n'est pas une fondation : elle appartient à une société commerciale de son groupe.

En 2014, la Ville lance l'appel à projets « Réinventer Paris ». La Chambre de commerce, propriétaire depuis 1949, trouve l'édifice coûteux à entretenir ; elle le revend à la Ville pour 86 millions d'euros. Le 27 avril 2016, à l'Hôtel de Ville, Anne Hidalgo annonce l'arrivée de la collection Pinault : la holding familiale reçoit un bail emphytéotique de cinquante ans et prend à sa charge les travaux, estimés à 108 millions. Andō glisse sous la coupole un cylindre de béton de 30 mètres de diamètre et 9 de haut, « un bâtiment dans le bâtiment », avec l'architecte en chef des monuments historiques Pierre-Antoine Gatier ; un restaurant étoilé occupe le troisième étage.

Jusqu'en 2014, chaque nuit de Noël, la rotonde accueillait le réveillon que l'association Noël aux Halles offrait aux personnes âgées du centre de Paris. En juin 2021, un mois après l'ouverture du musée, l'hebdomadaire Marianne révèle les mauvaises conditions de travail de ses agents d'accueil, employés par un prestataire.

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Personnage(s) : Tadao Andō
Bourse du Commerce — 1er arr.
Halle aux blés (de 1765) — Bourse de Commerce
Coupole remarquable de la Bourse du commerce ; ornée d'une fresque sur l'histoire du commerce, symbole de l'Impérialisme français triomphant
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Bourse du Commerce — 1er arr.
Halle aux Blés (ancienne halle au Bled) — Bourse de Commerce (coupole)
Plus grande coupole de Paris ; construite selon la technique de Philibert de l'Orme
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Bourse du Commerce — 1er arr.
Halle aux Blés
Répression de l'émeute dite de la "guerre des farines" provoquée par la crise frumentainre et la libéralisation du commerce des grains par Turgot
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Bourse du Commerce — 1er arr.
Halle aux Blés — Bourse du commerce
Construction majeure à l'époque ; détruite par un incendie en 1802
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Bourse du Commerce — 1er arr.

Aujourd'hui

Transformée en musée d'art contemporain par François Pinault, la Bourse de Commerce — Pinault Collection a rouvert ses portes en 2021 après une spectaculaire rénovation signée Tadao Ando. L'anneau de béton brut de l'architecte japonais dialogue avec la coupole du XIXe siècle et les fresques allégoriques toujours visibles. Le bâtiment est ouvert au public.