Monument des fusillés de la cascade du bois de Boulogne (Paris, 16e).
Ce matin-là, ils étaient venus chercher des armes. Ils ont trouvé la Gestapo.
Le 16 août 1944, Paris attend sa libération depuis des semaines. Les Alliés sont en Normandie, le général von Choltitz tient la ville, et c'est peut-être précisément cette fin annoncée qui rend l'occupant et ses complices plus dangereux que jamais. Ce jour-là se déroule l'un des massacres les plus froids des dernières semaines d'occupation.
Tout commence quelques mois plus tôt. Un ingénieur gaulliste, Wigen Nercessian, rencontre un certain Charles Porel, qui se présente comme autrichien, ancien des Brigades internationales d'Espagne, désormais agent de l'Intelligence Service britannique. En réalité, Porel est Karl Rehbein, membre du Sicherheitsdienst, le service de renseignement des SS. Un autre agent, qui se fait appeler « Jack » et dont le vrai nom est Guy Glèbe d'Eu, est chef de groupe de la Gestapo. Nercessian, de bonne foi, met ces contacts en relation avec plusieurs réseaux de résistance.
Le 16 août au matin, une cinquantaine de résistants issus de groupes distincts : les FFI-FTP de Chelles en Seine-et-Marne, les Jeunes Chrétiens Combattants, l'Organisation civile et militaire, le groupe Turma-Vengeance, convergent vers le point de ralliement convenu, convaincus qu'une livraison d'armes les attend. Ils sont dirigés vers le 55 avenue des Ternes, puis vers un garage du 11 bis rue d'Armaillé, dans le 17e arrondissement. Là les attendent une trentaine de SS et de collaborateurs armés. Les véhicules sont encerclés, les hommes saisis. Trente-quatre sont arrêtés ; au même moment, sept autres combattants sont massacrés rue Leroux, dans le 16e, dans un piège similaire.
Dans la soirée du 16 août 1944, trente-cinq résistants sont fusillés à la mitrailleuse et aux grenades dans la clairière de la cascade du bois de Boulogne, au chemin des Réservoirs, 16e arrondissement. Un chêne porte encore les traces des balles dans son écorce.
Porel-Rehbein ne s'en tenait pas là : entre avril et août 1944, ses opérations de provocation avaient conduit à l'arrestation de plus de trois cents résistants, à la torture de la plupart d'entre eux et à la déportation de cent soixante-trois hommes et femmes, dont cinquante seulement reviendront.
Paris sera libérée le 25 août 1944, neuf jours plus tard. Ces trente-cinq hommes ne verront pas l'entrée des chars.