Clemenceau protège des gendarmes poursuivis par les Fédérés cachés dans les caves de sa mairie.
Clemenceau a passé la journée à courir. Maire du 18e arrondissement depuis septembre 1870, élu républicain modéré, il a tenté le matin même d'empêcher l'opération en négociant avec Lecomte au Château-Rouge — en vain. Il a couru rue des Rosiers pour protéger les généraux prisonniers — trop tard. Il court maintenant à sa mairie de la rue des Abbesses, au cœur d'un quartier que les Fédérés contrôlent désormais entièrement.
Des gendarmes pourchassés par les Fédérés se sont réfugiés là. Clemenceau les fait cacher dans les caves. Il joue son rôle de maire — protéger des hommes en danger, quel que soit leur camp — au risque de sa propre sécurité. C'est exactement le rôle qu'il s'est assigné depuis le matin : être le tampon entre la révolution et l'ordre, essayer de maintenir une ligne médiane dans une journée qui n'en laisse plus.
Ce détail révèle quelque chose d'essentiel sur le personnage. Clemenceau n'est ni communard ni versaillais ce 18 mars — il est le républicain qui refuse les deux logiques de guerre civile. Il sera plus tard l'homme qui brisera les grèves, le président du Conseil qui enverra la troupe contre les ouvriers. Mais ce soir-là, il cache des gendarmes dans ses caves et a tenté de sauver Lecomte de la foule. L'histoire est rarement simple.