Le Congrès des Partisans de la Paix à la Salle Pleyel Ciné-Archives
Sur l'affiche, une colombe dessinée par Picasso. Dans la salle, deux mille délégués venus construire la paix — celle de Moscou.
Le 20 avril 1949, la Salle Pleyel, 252 rue du Faubourg-Saint-Honoré, accueille l'ouverture du premier Congrès mondial des partisans de la paix. Deux mille délégués représentant plus de soixante-dix pays s'installent dans la grande salle Art déco. Frédéric Joliot-Curie, prix Nobel de chimie et haut-commissaire à l'énergie atomique, préside les travaux. La séance inaugurale est filmée par Louis Daquin pour les actualités.
Le congrès se veut un appel universel contre la guerre, contre la bombe atomique, pour le désarmement. Pendant quatre jours, les discours se succèdent. Paul Robeson, dont la voix de basse fait trembler les murs, bouleverse l'assistance. Aragon est là, en terrain conquis. L'écrivain soviétique Alexandre Fadeïev tonne contre l'impérialisme américain. W.E.B. Du Bois, venu des États-Unis, apporte la caution du combat anticolonial et antiraciste. Le meeting de clôture, le 24 avril, déborde la Salle Pleyel : c'est au stade Buffalo, à Montrouge, que les partisans de la paix se rassemblent en masse.
L'affiche du congrès est une lithographie de Picasso — une colombe blanche, simple et nue, qui deviendra l'un des symboles graphiques les plus reproduits du XXe siècle. Picasso, qui a adhéré au PCF en 1944, l'a dessinée dans son atelier de la rue des Grands-Augustins. La colombe fera le tour du monde.
Prague, l'autre congrès
Mais la paix de la Salle Pleyel a un angle mort. Les autorités françaises ont refusé les visas aux délégués des pays de l'Est — un congrès parallèle se tient donc à Prague, sous la houlette des partis communistes au pouvoir. Le mouvement, présenté comme « au-dessus des blocs », est en réalité piloté depuis Moscou. Le Kominform, créé en 1947, en a fixé la ligne : mobiliser les intellectuels occidentaux contre le plan Marshall et le pacte Atlantique, signé huit jours plus tôt, le 4 avril 1949.
Le PCF, qui fournit l'essentiel de l'infrastructure en France, ne s'en cache qu'à demi. Joliot-Curie, tout prix Nobel qu'il soit, sera démis de ses fonctions de haut-commissaire à l'énergie atomique un an plus tard, en avril 1950, pour avoir déclaré au congrès de Stockholm qu'il ne fabriquerait « jamais » la bombe. Les partisans de la paix récolteront des millions de signatures pour l'Appel de Stockholm — mais la paix qu'ils proposent coïncide, trait pour trait, avec les intérêts stratégiques de l'URSS.
L'épisode illustre l'une des grandes ambiguïtés de la Guerre froide à Paris : des causes justes — le refus de la bombe, le désarmement, l'anticolonialisme — instrumentalisées par un appareil d'État qui, au même moment, maintient des millions de personnes dans les camps du Goulag. La colombe de Picasso, elle, a survécu à tout cela. Elle orne encore des murs, des timbres, des affiches — détachée, désormais, de la salle où elle est née.