ACTION "Hebdomadaire de l’indépendance française", (1944-1952, France, Paris).
Notice extraite de Ridiculosa n°18, "La presse satirique française".
Quelques jours après la libération d'une ville, il faut décider à qui appartient l'avenir.
Paris est libéré depuis le 25 août 1944. Les rues sont encore sous l'état d'esprit de l'insurrection: des FFI en armes dans les carrefours, des drapeaux tricolores aux fenêtres, les premières arrestations de collaborateurs. Dans ce moment de refondation, la presse est un enjeu: les journaux qui avaient servi l'Occupation ont disparu du jour au lendemain, leurs locaux, leurs rotatives et leurs adresses sont disponibles. Qui va les occuper, et pour dire quoi?
Le 9 septembre 1944, une équipe de résistants s'installe au 3 rue des Pyramides, dans les anciens locaux de "La Gerbe". "La Gerbe" était une revue littéraire pronazie fondée en 1940 par Alphonse de Châteaubriant, qui en avait fait une tribune de l'antisémitisme et de la collaboration culturelle. Le choix du lieu est une déclaration: on prend les locaux de l'ennemi pour publier au nom de ceux qu'il avait voulu faire taire.
La nouvelle revue s'appelle "Action". Ses fondateurs sont des résistants dans la force de l'âge: Pierre Courtade, Maurice Kriegel-Valrimont, Victor Leduc, Claude Roy, Roger Stéphane. Le photographe Robert Doisneau en est l'un des collaborateurs visuels. La plupart sont proches du Parti communiste, sans que la revue soit un organe de parti au sens strict: elle publie de la littérature, des reportages, des essais, des photographies. Doisneau y pose son regard sur le Paris de la Libération: populaire, tendre, attentif aux gens ordinaires que la grande histoire vient de bousculer.
"Action" paraîtra jusqu'en 1952. Elle sera l'un des lieux où la gauche intellectuelle française de l'après-guerre tente de définir ce que la Résistance avait changé, et ce qu'elle n'avait pas changé. Claude Roy y écrit; Roger Stéphane y défend un non-conformisme que le durcissement de la Guerre froide rendra de plus en plus difficile à tenir.
La rue des Pyramides conserve peu de traces visibles de ce moment. Mais le geste du 9 septembre 1944 reste: quelques jours après une libération, des résistants ont pris le local d'un fasciste pour y fonder leur revue. C'est une façon de prendre possession de l'avenir.