Napoléon III par Disderi
Le 27 février 1848, trois jours après la chute de Louis‑Philippe, Louis‑Napoléon Bonaparte rentre discrètement à Paris après des années d’exil à Londres. Il ne s’installe pas dans un palais, mais chez un ami, l’ancien député et journaliste Philippe‑Antoine Vieillard, qui l’héberge dans son appartement de la rue du Sentier, au cœur d’un quartier déjà très commerçant. De cette adresse modeste, le neveu de Napoléon observe la Révolution de Février, encore incertaine, et commence à prendre la mesure de ce que pourrait lui offrir la nouvelle République.
À ce moment‑là, Louis‑Napoléon est loin d’être une figure centrale de la vie politique française. Il traîne la réputation de conspirateur maladroit depuis ses tentatives ratées de Strasbourg (1836) et de Boulogne (1840), et vient seulement d’être amnistié. Mais l’effondrement de la monarchie de Juillet, l’aura toujours vive du nom Bonaparte et le suffrage universel fraîchement proclamé ouvrent un jeu nouveau. Dans le petit appartement de la rue du Sentier, il reçoit quelques visiteurs, écrit, sonde l’atmosphère, tandis qu’une partie de la presse commence déjà à spéculer sur un possible « retour napoléonien ».
Le gouvernement provisoire, lui, se méfie : pas question de laisser ce prétendant potentiel se constituer trop vite un point d’appui à Paris. On lui fait comprendre qu’il serait plus prudent de repartir ; il obtempère, sans renoncer à ses ambitions. Quelques mois plus tard, il sera pourtant élu député, puis, en décembre, président de la République au suffrage universel.