Au milieu des années 1930, Marcel Carné s'installe au 55 rue Caulaincourt, dans un atelier d'artiste au quatrième étage d'un immeuble de fond de cour. Ce Montmartrois d'adoption, né aux Batignolles, vivra vingt ans sur la Butte, au cœur d'une communauté artistique où se croisent Jacques Viot, Pierre Mac Orlan et même Édith Piaf. C'est dans ce quartier effervescent, où les cafés et les tables ouvertes favorisent les rencontres créatives, que naîtra l'un des chefs-d'œuvre du réalisme poétique français.
C'est précisément à cette adresse que Jacques Viot, son voisin de la rue Caulaincourt et collectionneur de tableaux, présente à Carné un court synopsis de deux pages et demie intitulé Le Jour se lève. Subjugué par la structure narrative innovante du projet, Carné persuade immédiatement Jacques Prévert de développer le scénario. Le film, tourné de février à mai 1939 aux studios de Boulogne-Billancourt, marquera leur quatrième collaboration après Jenny, Drôle de drame et Quai des brumes.
L'originalité du projet réside dans sa structure audacieuse : un long flashback, procédé alors rarissime au cinéma, utilisé deux ans avant Citizen Kane. Alexandre Trauner conçoit un décor révolutionnaire avec une chambre comportant quatre murs complets plutôt que les trois habituels, permettant des plans circulaires qui accentuent le sentiment d'enfermement du personnage interprété par Jean Gabin. Sorti le 17 juin 1939, le film deviendra une référence absolue du cinéma français.