L'acte VIII du mouvement se déroule le samedi 5 janvier 2019, dans une ambiance tendue après les fêtes : certains croyaient la contestation éteinte, mais les cortèges repartent de plus belle. Au même moment, à quelques centaines de mètres de là, les portes de l'hôtel de Castries, siège de la Direction générale du ministère de l'Écologie rue de Grenelle — et non celles de l'hôtel Matignon comme on le dira parfois —, sont enfoncées à l'aide d'un engin de chantier par un petit groupe d'une trentaine de manifestants. Le porte-parole du gouvernement Benjamin Griveaux, qui se trouve dans les lieux, est exfiltré par une porte dérobée.
Mais c'est une autre scène qui va marquer la journée. Sur la passerelle piétonne Léopold-Sédar-Senghor, qui relie les Tuileries au musée d'Orsay, un homme casqué et torse nu sous son gilet jaune affronte à mains nues deux gendarmes mobiles acculés contre la rambarde. Les images virales montrent Christophe Dettinger, ancien champion de France des mi-lourds surnommé « le gitan de Massy », décrocher plusieurs uppercuts et coups de pied avant de s'éloigner. Il se constituera prisonnier deux jours plus tard et sera condamné en février 2019 à un an de prison ferme.
L'épisode cristallise le débat public : pour ses soutiens, Dettinger devient un symbole de résistance ; une cagnotte en sa faveur déclenche une polémique nationale et sera finalement fermée à près d'un demi-million d'euros récoltés. Pour le gouvernement, l'acte VIII justifie un durcissement rapide : la loi « anti-casseurs » est accélérée à l'Assemblée, et l'usage des lanceurs de balles de défense devient un point de fixation politique pour le reste du mouvement.