Victor Hugo prononce les mots "États-Unis d'Europe" au Congrès international de la Paix

Salle Ste Cécile

Buste de Victor Hugo, au Palais Bourbon (Assemblée Nationale), à Paris. En arrière-plan une citation de Victor Hugo extraite du discours prononcé au Congrès de la Paix le 21 août 1849.

Un homme qui a défendu la monarchie et les privilèges se lève un matin et invente l'Europe : c'est la grandeur du possible et la limite du converti.

La salle Sainte-Cécile, au 59 de la rue de la Chaussée-d'Antin, est comble. Nous sommes en août 1849, sous la Deuxième République qui chancelle : Louis-Napoléon Bonaparte vient d'être élu président, les journées de juin 1848 ont noyé dans le sang l'utopie sociale, la réaction s'installe. C'est dans ce contexte que s'ouvre le deuxième Congrès international de la Paix, réunissant des délégués d'une douzaine de pays, des quakers américains, des libre-échangistes anglais, des républicains français. Victor Hugo en préside les séances.

Le 21 août — le congrès s'étend sur plusieurs jours —, Hugo prononce un discours d'ouverture qui restera dans les mémoires. L'homme a traversé plusieurs vies politiques : légitimiste dans sa jeunesse, pair de France sous Louis-Philippe, il glisse peu à peu vers la gauche républicaine sous la pression des événements. Ce soir-là, il va plus loin qu'il ne l'a jamais fait. Il évoque la nécessité d'une confédération des peuples européens, d'un parlement continental, d'une paix garantie par des institutions communes. La formule qu'il emploie est celle d'"États-Unis d'Europe."

Le discours de Hugo est pacifiste et libéral, non socialiste. Il croit au libre-échange comme vecteur de paix, à la fraternité des nations comme antidote aux guerres dynastiques. Il ne questionne pas l'ordre de propriété. Mais dans le Paris de 1849, où la répression vient d'écraser la gauche ouvrière, parler d'Europe unie, de fraternité des peuples, d'arbitrage international des conflits, c'est déjà une rupture radicale avec le nationalisme triomphant. Hugo sera exilé deux ans plus tard, après le coup d'État du 2 décembre 1851. Il ne reviendra à Paris qu'en 1870.

Ce qu'il a lancé dans cette salle du 9e arrondissement — l'idée que l'Europe puisse être autre chose qu'un champ de batailles — traversera les décennies, déformée, récupérée, trahie souvent, mais jamais tout à fait effacée.

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