Dominant la place qui porte son nom, dans le cœur du 6e arrondissement, Saint-Sulpice est l'une des plus grandes églises de Paris — et l'une des plus agitées de son histoire. La tradition veut qu'elle s'élève sur les ruines d'un temple dédié à Isis, déesse égyptienne, et que ses cryptes recèlent plusieurs puits d'origine antique. Au XVIIIe siècle, l'édifice est aussi un instrument de science : à partir de 1727, l'astronome Pierre Charles Le Monnier, encouragé par le curé Jean-Joseph Languet de Gergy, y installe un gnomon sur la méridienne de Paris, traçant sur le sol une ligne de cuivre qui suit encore la lumière du soleil. C'est ici que repose Montesquieu, inhumé dans l'église en 1755. Et c'est ici que Camille Desmoulins épouse Lucile en 1790, avec Robespierre pour témoin.
La Révolution transforme radicalement le lieu. En 1791, Jacques Roux y est nommé curé — celui qui deviendra le plus radical des « Enragés ». En septembre 1792, du haut de la chaire, un certain Prière lance l'appel à massacrer les prisonniers avant de marcher sur les Prussiens : le tocsin des Carmes résonne encore. Dès 1793, l'église est débaptisée, consacrée d'abord au culte de la Raison, puis à celui de l'Être Suprême. Sur ses deux tours, Claude Chappe installe des stations de son télégraphe optique — l'une reliée à Toulon, l'autre à Bayonne.
Le Directoire lui rend un ultime déguisement : temple de la Victoire, puis haut lieu de la théophilanthropie. En 1799, ses voûtes accueillent le banquet de 750 couverts offert à Bonaparte trois jours avant le 18 Brumaire. Puis vient la Commune : en 1871, Saint-Sulpice abrite un club révolutionnaire animé notamment par Paulina Mekarska — les offices du matin sont pourtant maintenus, cohabitant avec les harangues du soir.
- Date inconnue (époque gallo-romaine) Temple dédié à Isis selon la tradition
- 1727 — 1744 Observatoire de la méridienne de Paris (gnomon de Le Monnier)
- 1793 — 1794 Temple de la Raison, puis de l'Être Suprême
- 1795 — vers 1799 Temple de la Victoire (décret du 21 mai 1795)
- 1797 — 1798 Siège du culte théophilanthropique
- Depuis le Concordat (1802) Église paroissiale Saint-Sulpice
Saint-Sulpice reste une paroisse catholique active. La ligne de cuivre de la méridienne court toujours sur le sol de l'église — aucune « rose des vents » ni « Rose-Croix » : c'est un instrument astronomique du XVIIIe siècle, pas un symbole ésotérique. Les fresques de Delacroix ornent la chapelle des Saints-Anges. L'orgue Clicquot-Cavaillé-Coll, l'un des plus grands de France, se fait entendre lors des concerts réguliers.